Le Ministre de l’Agriculture vient de boucler une visite de terrain qui l’avait conduit à San, Mopti, Gao et Kidal du 9 au 18 Août 2004 pour faire le point sur le terrain de la situation acridienne dans notre pays. Il était accompagné par une forte délégation composée des services techniques, les partenaires au développement, la presse et la représentante résidente de la FAO au Mali. Cette visite a permis au ministre d’évaluer sur le terrain la mise en œuvre du Plan national de lutte contre le criquet pèlerin, élaboré lors de la dernière rencontre avec les partenaires au développement et les différents Ministères impliqués dans la lutte contre le Criquet Pèlerin. Ce plan propose essentiellement deux hypothèses de traitement pendant trois mois (Août à Octobre) et le coût y afférent pour chaque hypothèse. La première hypothèse dite Basse, prévoit le traitement de 650 000 ha pour un coût prévisionnel de 9 milliards de F CFA. La deuxième dite Haute prévoit le traitement de 950 000 ha avec un coût prévisionnel de 13 milliards F CFA. Le plan de lutte en question est basé sur un dispositif opérationnel déployé sur le terrain comprenant 18 équipes disposées de Kayes à Kidal et visant à contenir dans un premier temps les criquets pèlerins au nord de la latitude 14 et à les exterminer ensuite par l’intensification des traitements.

 

  A l’issue de cette visite, et selon les dernière informations recueillies sur le terrain, la situation acridienne dans les régions nord se décrit comme suit :

1. Niveau de la menace acridienne et sa représentation spatiale

La menace acridienne est sérieuse et peut être illustrée par les données suivantes :
70 signalisations dont 65 dans la zone concernée par la mission, à l’exception notable de la région de Ségou, où la situation demeure calme ;
la taille moyenne d’un essaim est de 15 km², soit 100 000 individus à l’hectare. Une telle densité correspond en cas d’invasion à la destruction de 300 tonnes de matériel végétal, soit 30 000 000 F CFA/jour de perte ;

les superficies infestées ont été estimées à 71 175 ha, dont % dans les localités de Mopti, Gao et Kidal.
Les dégâts sont évalués à 175 ha de sorgo, d’arachide et de maïs.
2. Le dispositif opérationnel et son fonctionnement

Le segment du dispositif opérationnel situé dans la zone de la mission est composé des équipes n° 9 à 18.La mission a constaté que le dispositif est en place et est fonctionnel avec toutes fois des ressources insuffisantes pour le reste de la période de traitement, soit septembre et octobre.

3. Les résultas atteints
- San
Aucun essaim n’a été signalé. La mission a toutes fois constaté l’engagement des agents pour la lutte contre le criquet pèlerin et la stratégie locale mise en place. Elle a constitué en une réorganisation de l’effectif de la base et son renforcement par des agents expérimentés à la retraite ainsi que la dynamisation des brigades villageoises au nombre de 18.
La stratégie d’intervention présentée est axée sur l’information, la formation des brigades villageoises sur la protection rapprochée des cultures et une surveillance continue des portes d’entrées éventuelles au nord de la région. Ainsi, l’équipe de San a été éclatée en trois sous équipes dont deux ont été disposées à Timissa et Sy pour contrôler les entrées à partir de Mopti. La troisième, au niveau central surveille la partie sud du cercle.
La mission a dénombré 4 équipements de traitement autoportés et des appareils individuels suffisants pour faire face au péril acridien. En raison de l’accalmie dans cette zone, 3 appareils AU 7000 ont été redéployés dans les régions nord où la situation est plus préoccupante : Mopti 5 atomiseurs à moteurs individuels, Gao 3 AU 7000 et 2 GB, et Kidal.
- Mopti
Le dispositif mis en place est très opérationnel à Mopti, et il a été noté une très bonne articulation avec les brigades villageoises de même une grande implication des Autorités Administratives et politiques de la région pour faire face au criquet pèlerin.
La mission a pris part à la lutte contre un essaim à Bounou, commune de Lowol –Guéou, cercle de Bandiagara. Cette lutte a combiné les actions mécaniques des brigades villageoises par le brûlis des centaines de kilos de criquets ramassés et la lutte chimique menée par les mêmes brigades au moyen d’appareils individuels à moteur. La superficie infestée couvrait 100 ha et les dégâts ont été évalués de 5 à 10% sans incidence négative sur les cultures.
En route pour Gao, la mission a visité à Simbi, une zone infestée de 90 ha, traitée grâce à l’action combinée de l’équipe technique de Mopti et des brigades villageoises de lutte phytosanitaire.
Sur l’ensemble de la région à l’exception de Bankass et Koro, 16 essaims ont été signalés qui ont infestés 840 ha et causés des dégâts légers sur 200 ha. Les actions combinées de l’encadrement et des brigades villageoises ont permis de traiter 500 ha et ramener la pression à un seuil sans danger. Les actions de prospection continuent, particulièrement au niveau des zones de ponte qui couvrent près de 509 ha et qui sont des futures zones de pullulation dans 10 jours. Une surveillance accrue est assurée au niveau de ces zones de ponte.
- Gao
La situation acridienne est très préoccupante dans la région de Gao et particulièrement dans le Gourma où les conditions climatiques semblent les plus favorables en ce moment pour la reproduction de l’espèce. Il a été noté dans la région, 70 % des 70 essaims signalés et 29 125 ha sont infestés.
Les insectes arrivés sont en général matures, donc prêts à l’accouplement et à la ponte; si bien que les dégâts constatés sur les cultures et les pâturages sont très faibles. Mais une aggravation de la situation est attendue au courant de la deuxième décade du mois d’Août suite aux nombreuses éclosions qui vont avoir lieu. Les dégâts en ce moment, pourraient être très sévères tant sur la végétation que sur les cultures.
Le Gourma à Gao est la zone la plus touchée. En route pour Gao, la mission a observé des essaims à 60 km de la ville sur près de 30 km ;

d’autres essaims ont été signalés dans les cercles d’ Ansongo et de Menaka. Au regard de l’envergure de la situation, les autorités régionales, suite à l’accord de principe des plus Hautes Autorités d’impliquer l’armée en cas de besoin, ont renforcé l’équipe n°10 par 30 éléments des forces de sécurité pour 10 jours. Le montant de l’intervention se chiffre à 1 200 000 FCFA. Les Brigades villageoises de la région ont été équipées en micron ULVA. Les équipes 11 et 12 ont été déployées respectivement pour couvrir les cercles d’Ansongo et de Menaka.
Dans la région de Gao, toutes les équipes sont opérationnelles. A la date du 17 août elles ont prospecté 28 170 ha, traité 710 ha. Les dégâts ont été évalués à 5 à 25% sur pâturage herbacé.
- Kidal
La région de Kidal est traditionnellement la zone de prédilection du criquet pèlerin, mais au cours de la mission, la situation s’est avérée relativement plus calme qu’à Gao en raison du déplacement massif des essaims vers le sud suite aux mauvaises conditions écologiques.
Ainsi, la situation acridienne se caractérisait par la présence de populations dispersées d’ailés et d’une bande larvaire de 200 m² observée dans le Centre Adrar.
Au regard de cette accalmie relative comparée à la région de Gao, le dispositif opérationnel a été allégé des deux équipes algériennes venues en renfort qui ont été déployées dans le Gourma pour renforcer l’équipe 10.
Le dispositif prévu à Kidal est aujourd’hui au complet et fonctionne avec actuellement avec 4 équipes (n° 14, 15, 16 et 17) sur les six prévues. Les deux équipes restantes 13 et 18 rejoindront leur poste le 17/08/2004.
Au niveau de l’ensemble de la région 50% des 70 signalisations ont été observées à Kidal. Les superficies totales infestées sont de l’ordre de 11 740 et les superficies traitées sont de 0 ha. Les dégâts sont évalués de 5 à 10% sur couvert herbacé dans les pâturages.
Le dispositif composé de 6 équipes est fonctionnel à Kidal. La mission a accueilli en compagnie des autorités administratives et politiques de Kidal le vendredi 13 Août 2004 les deux équipes algériennes venues en appui au Mali.

4. Prévisions d’évolution de la situation acridienne
Au cours des deux dernières décades du mois d’Août, les éclosions vont s’intensifier et les bandes larvaires seront de plus en plus nombreuses sur l’ensemble des régions visitées par la mission. On pourrait voir apparaître à partir du mois de septembre, de nouveaux essaims issus de la première génération en mélange avec des bandes larvaires. Les superficies infestées pourraient dépasser 600 000 ha. Ceci nécessitera des interventions aériennes immédiatement. Pour cela, il serait urgent d’envisager les options suivantes :
Option 0 : situation acridienne actuelle, pas d’intervention aérienne.
Intensification de la lutte terrestre par la multiplication des équipes techniques, l’implication des militaires et des populations.
Option 1 : apparition de bandes larvaires dans les régions de Ségou, Mopti, Gao et kidal.
Nécessité d’avoir des traitements aériens avec deux avions à partir de la fin du mois d’Août.
Un avion à Mopti pour les zones de Ségou, Mopti et Tombouctou et un à Gao pour les régions de Gao et Kidal.
Option 2 : Présence de bandes larvaires et d’essaims dans toutes les régions, d’où invasion généralisée.
Nécessité de mobiliser cinq avions de traitement : 1 avion à Kayes pour les régions de Kayes et Koulikoro ; 1 avion à Mopti pour les régions de Ségou, Mopti ; 1 avion à Tombouctou pour la région de Tombouctou ; 1 avion à Gao pour la région de Gao ; 1 avion à Kidal pour la région de Kidal.