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 DECLARATION DE BAMAKO SUR LE DEVELOPPEMENT DE LA FILIERE COTONNIERE EN AFRIQUE DE L'OUEST ET DU CENTRE
 
 
 

 

 

Filières agricoles

Le contexte politique et économique du Mali se caractérise depuis 1991 par la volonté d'une bonne gouvernance avec le développement d'un véritable partenariat entre l'Etat et la Société Civile au bénéfice du citoyen.

Le secteur coton est plongé depuis 1998 - 99 dans une crise structurelle malheureusement exacerbée par une dépréciation du marché mondial largement éprouvée par des subventions massives qu'accordent certains pays développés à leurs producteurs.

Le Mali , un pays pauvre dont l'économie repose essentiellement sur l'Agriculture , sur le coton en particulier qui représente avec les textiles depuis 1980 8% à 9% du PIB , 50 à 75% des recettes d'exportation et occupe environ 3.796.000 personnes sur 163.000 km², demeure préoccupé par cette situation et a engagé d'importantes réformes du secteur coton avec l'appui de ses partenaires et une implication des producteurs.

Afin de lutter contre les subventions que les pays développés ne cessent d'accorder à leurs producteurs et qui ont un impact négatif sur le marché mondial, la société civile dans certains pays a décidé de mener un lobbying contre celles-ci. C 'est dans ce cadre que les producteurs du Mali, à travers l'AOPP ont décidé de mener la présente étude.

Objectifs

Spécifiquement, il s'agit :
- faire un rappel sur la crise cotonnière et de parler des évolutions récentes de la filière ;
- présenter les positions des acteurs clés en particulier le Gouvernement ;
- étudier les impacts ou implications pour les producteurs ;
- mettre en perspective les enjeux actuels et les évolutions politiques prévisibles.

RAPPEL HISTORIQUE SUR LE SECTEUR COTON AU MALI

Au Mali, le coton est une culture traditionnelle pour l'ensemble du pays, particulièrement les régions du sud qui le produisaient en raison de 100 à 200 kg à l'hectare pour la consommation familiale. C'est effectivement à partir de la fin de la première guerre mondiale qu'elle a été une culture industrielle.

Evolution institutionnelle du secteur coton

Cinq grandes périodes peuvent être retenues dans l'histoire du secteur coton au Mali - II s'agit de :

- de 1919 à 1960 la période coloniale ;
- de 1960 à 1974 la convention entre le Mali et la CFDT
- de 1975 à 1991 la création de la CMDT jusqu'à l' instauration de la démocratie pluraliste
- de 1991 à 1999 la gestion de la filière par la CMDT et le Syndicat des producteurs de coton et vivriers
- de 2000 à nos jours la reforme du secteur pour la redynamisation de la filière.


1. la période allant de 1919 à 1960 marquée par le début de la production industrielle avec la création de la ferme cotonnière de Baraouéli en 1912 pour des tests de techniques culturales puis la mise en place des unités d'égrenage à Koutiala, San, Sikasso, Kadiolo, Bougouni et Ségou en 1936 et la création à Sikasso du premier secteur CFDT en 1951 deux années après la création de la Compagnie Française de Développement des textiles (CFDT).

2. De 1960 à 1974 caractérisé par :

- de 1960 à 1964 l'encadrement du coton par les services de l'Agriculture du jeune Etat avec une production qui a varié entre 5895 tonnes en 1961 - 62 et 15763 tonnes en 1963 - 64 ;
- en 1964 le Gouvernement signe une convention pour dix ans avec la CFDT pour la promotion de la filière. La production atteindra 67510 tonnes en 1971 - 72 avec un rendement de 873 kg/ha. Le prix au producteur passera de 17 FM/kg en 1960- 1970 à 22,5FM de 1970 à 1972 puis à 25 FM le kg de 1972 à 1974.
L' OHVN commencera à faire faire du coton à partir de 1970.
3. De 1975 - 1991avec la création le 5 février 1975 de la Compagnie Malienne de Développement des Textiles (CMDT) une société mixte au capital de 200 millions de francs maliens dont 60% appartiennent à l'Etat malien et 40% de l'Etat français à travers la CFDT.
Le modèle association villageoise (AV) est vulgarisé dans toute la zone d'intervention et la production passe de 60.000 tonnes en 1974 - 75 à 264.142 tonnes en 1990 -91 avec des rendements respectifs de 883 et 1.328 kg à l'hectare et le prix au producteur de 37,5FM à 85 FM le kg.
- La filière enregistrera cependant deux crises dont l' une en 1981 - 82 et la seconde en 1990 - 91 .

4. De 1991 à 1998 ; à la faveur de la démocratisation du pays, les producteurs ont créé un syndicat de producteurs et exigent la revalorisation du coton. Une production de 500.000 tonnes sera obtenue en 1997 - 98 et des ristournes de 8 à 40F seront versées tous les ans sur des prix aux producteurs de 125 à 145 F le kg.
La troisième crise survint en 1998-1999 et sera prolongée et accentuée en 2000 à cause du prix au producteur de 150 F le kg y compris la ristourne.

5. De 2000 à nos jours le Mali procède à la réforme du secteur coton suite au boycott de la culture de coton et à la tenue des Etats Généraux du secteur coton.

Les crises de la filière coton :

La filière coton et la CMDT ont connu trois grandes crises. Il s'agit de :

La crise de 1981 - 82 :dont l' origine est la mauvaise conduite des opérations de collecte, de pesée et de classement du coton par les équipes d'achat constituées par les agents de la CMDT et des travailleurs saisonniers. Les associations villageoises ont dénoncé les mauvaises pratiques de ces agents et ont refusé de vendre leur coton. Après enquêtes, le département de tutelle a demandé à la CMDT d'intensifier l'alphabétisation et de confier les activités de collecte et de classement du coton aux associations.

La crise de 1990 - 91 :

Elle est consécutive à la récupération intégrale par la CMDT au niveau des AV de tous les crédits de campagne alors que des stocks d'intrants existaient et la difficulté de répartir les fonds reçus dans plusieurs AV. Les AV ont porté plainte auprès du Président de la Chambre d'Agriculture de Koutiala. Après concertation la CMDT remboursera aux AV les frais des intrants non consommés.

Le 6 mai 1991, les producteurs des six secteurs de la région de Koutiala ont passé en revue à Cincina les problèmes de la filière et ont demandé au Gouvernement la réduction du prix des intrants, la révalorisation du prix du coton graine, la priorité aux producteurs de coton dans la répartition de l'aliment bétail. Face à l'absence de réponses du Gouvernement, ils se sont réunis le 17 mai 1991 à Cincina pour rédiger un mémorandum assorti d'une menace de grève si une suite favorable n'était pas réservée aux revendications avant la fin du mois de mai. Le Ministre du Développement Rural et de l'Environnement de l'époque les rencontrera à Koutiala deux jours après et la réunion a retenu de :
- céder 50% de l'aliment produit par HUICOMA aux exploitants ;
- faire transporter ce quota par les camions de la CMDT jusqu'au niveau des AV ;
- majorer de 10 F CFA du prix du coton graine.

Il n'y aura pas de grève mais la CMDT connaîtra des difficultés financières à cause de la baisse du cours du coton sur le marché mondial, ce qui obligera le Gouvernement à transformer ces 10 F retenues au titre de la majoration en ristournes des bénéfices de la dernière campagne. Les paysans au lieu de percevoir 105F auront 95F par kg dont 85 F pour le prix d'achat et 10F au titre des ristournes de 1990-91.

La coordination a déploré cette situation pour laquelle elle n'a pas été consultée et a même dénoncé le contrat plan. Elle a ainsi décidé de mettre en place un Syndicat bien structuré pour défendre désormais les intérêts des producteurs. Le SYCOV (Syndicat des Producteurs de coton et de vivriers) a ainsi vu le jour suite à une rencontre du 27 au 29 septembre 1992 à Cincina. Cette rencontre a insisté sur l'urgence d'un transfert progressif des compétences au monde rural particulièrement la gestion du crédit, l'approvisionnement et la gestion des moyens de production, la collecte et l'évacuation du coton jusqu'aux usines.

La troisième crise de 1998-99 à 2000

En 1999 - 2000 le prix du kg de coton de 1er choix a été fixé à 150 FCFA dont 5 F au titre de la ristourne contre 185F dont 40F de ristourne en 1998 - 1999 au moment de la commercialisation alors que les producteurs avaient été sensibilisés en début de campagne qu'il n'y aurait pas de baisse de prix du coton. Les AV n'ont pas pu repartir les sommes perçues entre leurs membres suite au remboursement intégral des crédits.

Face à cette situation la direction du Syndicat des paysans a décidé du boycott de la culture de coton en 200 - 2001. Ainsi, près de 60% des exploitants agricoles ont préféré faire des céréales. La production de coton a alors chuté de 442.415 tonnes à 218.000 tonnes, ce qui a eu des conséquences économiques sévères au niveau de l'Etat et des zones de production. Après de nombreuses missions de terrain et multiples concertations, il a été décidé de précéder à la restructuration du secteur coton.

HUICOMA
Les Huileries cotonnières du Mali (Huicoma) est une société anonyme d'économie mixte active dans la trituration de graines de coton et autres produits oléagineux, ainsi que dans la fabrication d'huile et de produits connexes à partir de ces matières premières. L'Huicoma a également en charge la commercialisation de ses produits tant au Mali qu'à l'étranger.
Par convention avec la CMDT, Huicoma s'engage à acheter les graines de coton, à n'utiliser ces graines qu'à des fins de trituration par ses usines et à ne pas les rétrocéder.
De la campagne 1998/99 à la campagne 2000/01, l'Huicoma a reçu de la CMDT respectivement 270 784 t, 234 856 t et 89 663 t de graines de coton à triturer.

La COMATEX
La Compagnie malienne de développement des textiles (COMATEX) a pour objet la production, la commercialisation l'exportation et l'importation des produits textiles tels les fils, les tissus d'ameublement, les tissus à usage industriel ainsi que l'importation et l'exportation de fils et toiles écrus.

L'ITEMA
L'industrie textile du Mali (ITEMA) produit et commercialise des fils de coton, des tissus écrus et des tissus imprimés.
Le principal partenaire commercial pour la vente du coton fibre sur le marché international est la COPACO. La compagnie parisienne de coton (COPACO) est une filiale de la CFDT ayant conclu avec la CMDT une convention d' assistance pour la commercialisation du coton fibre. En vertu de cette convention, la COPACO doit notamment négocier les contrats de vente du coton fibre dans les meilleures conditions et contribuer à l'élaboration et la mise en œuvre de la politique commerciale de la CMDT.
Cependant, outre la COPACO, quelques négociants nationaux et internationaux privés interviennent dans la commercialisation.
Les intervenants dans le transport :
L'activité transport est assurée par le parc de la CMDT et les opérateurs privés. La CMDT procède à une péréquation des charges de transport entre les champs les plus proches et les champs les plus éloignés des unités d'égrenage.
Durant la campagne 1999/2000, la participation des camionneurs privés se serait établi à 14.6% du tonnage de coton graine transporté contre 12.8% en 1998/99 soit une légère progression.
L'élément prix est un facteur déterminant dans l'engouement des camionneurs, le tarif concédé par la CMDT n'étant que 65 FCFA la tonne kilométrique (Tkm). Durant la commercialisation, le transport de coton graine est assuré simultanément avec celui des intrants, de la fibre, des graines et autres produits.
Le transport de la fibre des usines de la zone Sud est effectué par les transporteurs privés en direction du port d'Abidjan. Il faut souligner que le gouvernement a déjà décidé du retrait progressif de la CMDT de l'activité transport. Si la CMDT continue à assurer l'essentiel du transport du coton graine des champs aux usines, c'est seulement en attendant de pouvoir établir des rapports de confiance garantissant l'approvisionnement correct des usines durant la campagne d'égrenage.

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