COMMUNICATION VERBALE DU MINISTRE DE L'AGRICULTURE AU CONSEIL DES MINISTRES DU MERCREDI 14 SEPTEMBRE 2005
 

Objet

Synthèse

Observation
La présente communication a pour objet d'informer le Conseil des Ministres de l'évolution des cours des matières premières des engrais depuis 2001 en vue de mieux comprendre la situation des intrants au Mali

I. Evolution du cours des matières premières des engrais de Septembre
2001 à Septembre 2005

Les difficultés de l'agriculture en Afrique de l'Ouest et Centrale sont en partie, dues à l'augmentation des coûts de production, notamment des engrais. Cependant, les raisons profondes de cette augmentation très significative des prix mondiaux des engrais sont peu connues.

Cette envolée des cours des matières premières est due à trois principaux facteurs :
- l'arrivée sur le marché mondial de nouveaux et grands consommateurs d'engrais tels que la Chine et le Brésil, provoquant une forte tension sur la demande ;
- la hausse vertigineuse du cours du pétrole ; et
- la récente destruction partielle de l'outil de production américain de matières azotées et phosphatées en Louisiane et au Mississipi qui entraînera une baisse significative de l'offre mondiale sur un marché où la demande ne cesse d'augmenter.

Il est, par conséquent, très probable que la tendance haussière se poursuive.

Pour une meilleure compréhension de ce qui suit, il convient de rappeler que les engrais ternaires (NPK) sont couramment fabriqués à base de matières suivantes : urée granulée ; sulfate d'ammoniaque (SA) ; phosphate d'ammoniaque (DAP) ; super phosphate simple (SSP) ; super phosphate triple (TSP) ; chlorure de potasse (KCl) et sulfate de potasse (SOP).

1.1. L'urée perlée:
Le prix de l'urée perlée a quasiment triplé en 4 ans. L'urée perlée ne rentre pas dans la composition des NPK, mais elle est utilisée en tant que urée pure par les agriculteurs. En 4 ans son prix au niveau mondial a quasiment quadruplé. Il est à noter cependant que malgré cette hausse des cours, le prix à l'utilisateur final n'a pas triplé dans la sous-région ; preuve que la profession des fournisseurs d'intrants n'a pas répercuté complètement ces hausses dans un premier temps.

1.2. L'urée granulée :
Cette forme d'urée rentre dans la composition des engrais complexes (NPK). Il est donc ici évident que cette matière première a une incidence directe sur la hausse des formules ternaires. Ses prix ont connu la même évolution que celle de l'urée perlée.

1.3. Le soufre :
Le soufre sert à la fabrication de l'acide sulfurique qui, à son tour, servira lui-même à l'attaque acide des phosphates naturels pour la fabrication du superphosphate simple ou triple. Son prix a été multiplié par cinq en 4 ans. D'où le renchérissement desdites matières (TSP et SSP) qui rentrent dans la fabrication des ternaires (NPK) mais aussi du DAP.

1.4. La potasse :
La potasse est transformée en chlorure de potasse (KCl) ou sulfate de potasse (SOP) qui sont des engrais pouvant être utilisés tels quels ou dans la fabrication des ternaires (NPK). Le prix de la potasse, pourtant réputé stable, a presque doublé sur les 10 derniers mois ! Ceci est dû à la très forte demande chinoise et brésilienne.

1.5. Le Phosphate d'ammoniaque (DAP) :
Le DAP entre aussi dans la composition des ternaires (NPK). Il est bien connu au Mali et est largement utilisé en riziculture. Son prix a plus que doublé en 4 ans (cf. Graphique ci-dessous).

1.6. Le sulfate d'ammoniaque

Bien que jamais utilisé seul en Afrique de l'Ouest et Centrale, le sulfate d'ammoniaque (SA) rentre très souvent pour une part non négligeable dans la composition des ternaires (NPK). Son cours a doublé en 4 ans.

II. Solutions envisageables

A principale solution envisagée pour inverser la tendance haussière, semble être la professionnalisation des achats des intrants afin de :
- mieux négocier avec les fournisseurs ;
- acheter aux moments où les cours sont les plus bas ;
- rechercher les économies possibles localement surtout au niveau du transport en couplant le descente de la fibre de coton dans les ports et la montée des engrais dans les zones de livraison comme on le faisait il n'y a pas si longtemps ;
- adapter les modes de passation des marchés pour s'adapter aux nouvelles conditions afin de minimiser le risque de corruption.

III. Conclusion

Les cours de l'urée ont triplé en 4 ans, sur la même période le prix de la potasse a également été multiplié par 4 et les autres matières premières entrant dans la composition des NPK ont quasiment doublé.

Cette tendance à la hausse s'inscrit au moins dans le moyen terme.
Ce n'est donc que par une extrême rigueur dans le processus d'achat des intrants ; par un professionnalisme sans faille dans ce domaine et une remise en question des procédures habituelles d'achats que nous pourrons minimiser l'impact de la conjoncture actuelle.

C'est pour tenter d'inverser cette tendance qu'il vient d'être initiée une série d'ateliers (6)
de formation dans la zone cotonnière et dans la zone office Niger à l'endroit des
responsables impliqués dans l'achat des intrants. La formation sera assurée par le spécialiste de l'IFDC, financée par le projet PASE (financement de l'AFD) sous la supervision de l'APCAM.

Seydou TRAORE