RAPPORT - BILAN DE LA LUTTE CONTRE LE CRIQUET PELERIN EN 2004

INTRODUCTION

Depuis 1868, le Mali a souvent été l'objet de plusieurs invasions du criquet pèlerin qui ont sévi en Afrique sub-saharienne et sont souvent allés en dessous du 13ème parallèle causant des dégâts et provoquant des fois la famine et la pauvreté à une population peu avisée et démunie de moyens matériels de lutte adéquats.
Le dernier trimestre 2003 fut le début d'un processus d'évolution de la situation acridienne manifesté par une recrudescence localisée dans les pays de la ligne de front au cours duquel 40.000 hectares avaient été traités au Mali, mobilisant des ressources énormes. Ces traitements ont empêché la formation et le départ d'essaims vers les pays du Maghreb où les conditions étaient meilleures.
Le départ de ces essaims à partir de certains pays du sub-Sahara a provoqué une invasion généralisée dans les cinq pays du Nord-ouest de l'Afrique dont la Mauritanie, l'Algérie, la Tunisie, la Libye où 6,5 millions d'hectares ont été traités.
En dépit de tous les moyens humains, matériels et financiers déployés près d'un million d'hectares ont échappé aux traitements chimiques en Mauritanie. Ce sont ces populations résiduelles qui se sont déplacés vers le Sahel. Des pâturages ou certains pays tels que le Sénégal et le Mali ont été envahis dès Juin et juillet 2004 par des essaims matures de coloration jaune.
Dès lors le Gouvernement du Mali, les partenaires techniques et financiers, la société civile ont conjugué leurs efforts en mobilisant des ressources considérables pour juguler l'invasion acridienne.

SITUATION ACRIDIENNE

Evolution de la situation :
Après les traitements d'Octobre à Décembre 2003 plusieurs équipes de prospection ont suffisamment exploré les aires de reproduction du criquet pèlerin dans la région de Kidal et les régions de Tombouctou et Koulikoro. Les résultats de ces prospections avaient révélé une accalmie remarquable entre Janvier et mi-Mai 2004.
Au même moment, la situation acridienne demeurait très inquiétante en Mauritanie où les conditions écologiques se dégradaient très précocement.
Au Mali, la situation du criquet pèlerin s'est caractérisée par l'arrivée de multiples essaims allochtones de la République du Mauritanie. Les premières signalisations ont eu lieu entre Mai et juin 2004 à Tadekit, Eléoudj, et Aguel-hoc, dans la région de Kidal.
Les essaims sont arrivés généralement matures au nord du pays ; mais les conditions météorologiques entre le 17ème et 20ème parallèles étaient défavorables pour leur permettre de se reproduire. Ce qui expliquera les mouvements convergents de tous les essaims vers les zones potentiellement humides et favorables à leur reproduction.
A la suite de quelques pluies enregistrées, les accouplements et les pontes débutèrent en fin juin 2004. Ils connaîtront leur essor dans les 2 premières décades du mois de juillet. Les pluies devinrent abondantes et le plus grand nombre de femelles matures ont effectué leurs premières pontes dans des zones humides, notamment dans les lacs, mares et dans la vallée du fleuve Niger.
Les deuxième pontes ont eu lieu entre le 15 et le 30 Août 2004. Les superficies infestées étaient estimées à 942 793 hectares. Les fréquences pluviométriques étaient très irrégulières et espacées sur 15ème parallèles et devenaient insuffisantes dans le septentrion.
Cependant, les mois d'Août et début Septembre 2004 furent la période d'éclosion généralisée avec l'apparition de bandes larvaires dans les Régions de Tombouctou, Gao, Kayes, Koulikoro et Mopti ainsi que dans la ceinture de l'Office du Niger (Région de Ségou).
La densité de larves en mouvements variait en moyenne entre 300 à 500 individus/m² et a dépassé les 1 000 individus/m² dans les zones des grands lacs, mares, plaines et cuvettes du delta central du fleuve Niger.
Ce qui a suscité le déploiement de plusieurs équipes terrestres et aériennes pour la protection des zones rizicoles (dont l'Office du Niger). La mobilisation des populations des zones infestées fut effective et d'un grand appui dans la stratégie de lutte.
Au total, au cours de la campagne 2004, l'invasion du criquet pèlerin a touché 7 Régions administratives du Mali, 26 Cercles et 150 Communes. Entre le 14ème et le 17ème parallèles, les zones agro-écologiques les plus infestées ont été le Sahel Occidental (Guidimaga, Kaarta et Ouagadou), la zone des lacs et le Gourma.

Situation des traitements
Sur 1.951.993 ha prospectés, les traitements ont concerné 272.793ha sur 942.172 ha infestés. Le taux de traitement est de 30 % environ par rapport aux superficies infestées. Ce sont 267.267 litres de produits qui ont été utilisés. Les plus grandes superficies ont été traitées dans les régions de Tombouctou pour 73.196 ha et Gao pour 67.763 ha.
2..3. Dégâts sur les pâturages et les cultures
L'invasion acridienne a causé des dommages plus ou moins importants sur les pâturages en fonction des niveaux d'infestation. Les pâturages aériens constitués essentiellement d'essences forestières ligneuses (Acacia et Balanites) sont les plus touchés, même s'ils sont susceptibles d'amorcer leur reverdissement suite à l'amélioration des conditions climatiques (baisse des températures).
Quant aux cultures, les dégâts varient selon les spéculations et sont estimés à 4 % sur l'ensemble du territoire national. Le mil constitue la culture de prédilection par excellence pour le criquet pèlerin. Il a été le plus atteint. Globalement les pertes sont les suivantes : Mil : 6,43%, Sorgho: 2,3%, Maïs : 0,3%, Riz : 4,5%, Niébé : 5,6% , Arachide : 0,3% et Voandzou 0,2% .

 
 
 
 

ORGANISATION DE LA LUTTE

Sur le plan institutionnel et réglementaire :
Plusieurs structures ont été mises en place pour cerner la lutte contre le criquet pèlerin. Il s'agit de :
- Une Cellule de crise au sein de la DNAMR en début de la crise acridienne pour gérer au quotidien la situation acridienne ; mais avec l'ampleur du phénomène, les activités ont vite dépassé le cadre de la cellule ;
-Un poste de commandement opérationnel (PC-O), mis en place le 9 Août 2004 avec pour mandat de veiller à la mise en œuvre du dispositif opérationnel, d'évaluer périodiquement les performances des équipes et de procéder aux réajustements nécessaires. Le PCO a été décentralisé aux niveaux régional et local
-Des Comités de crise régionaux ;
-Un comité national de gestion des fonds alloués à la lutte contre le criquet pèlerin ;
-Un Comité Technique et Scientifique pour cerner la dimension environnementale de la lutte anti-acridienne, piloté par le Ministère de l'Environnement et de l'Assainissement ;
-Un Comité Interministériel de lutte contre le criquet pèlerin, mis en place et composé des représentants des différents ministères, avec pour mission d'informer le Gouvernement de l'évolution de la situation acridienne et des actions menées pour lutter le fléau ;
-Une Commission nationale de réception et de vérification des produits, matériels et équipements ;
-Une rencontre hebdomadaire avec les Partenaires au Développement pour faire le point de l'évolution de la lutte contre le criquet pèlerin ;
- Deux rencontres hebdomadaires sous la présidence du Premier Ministre : L''ampleur du fléau a amené les plus hautes autorités de l'Etat à s'impliquer directement dans la lutte. C'est dans ce cadre que des membres du Gouvernement ont effectué deux missions de suivi et de supervision dans chaque région concernée par le péril a acridien ;
- Enfin, le Président de la République Son Excellence Monsieur amadou Toumani TOURE a effectué des visites de terrain pour apprécier non seulement la situation du criquet pèlerin mais aussi pour encourager les actions des brigades villageoises et saluer le patriotisme dont ont fait preuve les populations face au péril acridien.
Un compte spécial d'un compte spécial ''Criquet Pèlerin'' n° 267/1313 ouvert à la BDM pour recevoir les diverses contributions ;
3.2. Sur le plan stratégique :

* L'Unité Nationale de Lutte Contre le Criquet Pèlerin est la structure technique créée au sein de la Direction Nationale de l'Appui au Monde Rural depuis Mai 2002 pour gérer tous les aspects liés à la surveillance permanente du criquet pèlerin. C'est elle qui a initié l'élaboration du Plan d'Action Stratégique de la lutte contre le criquet pèlerin en 2004.
* Un dispositif de lutte terrestre composé de 32 équipes maliennes, algériennes et libyennes a évolué dans les zones d'infestations les plus vulnérables sur le plan agricole avec des moyens autoportés.
* Un dispositif aérien financé par la Banque mondiale, la FAO et la République Sud-africaine ;
* 747 brigades villageoises pour les traitements rapprochés ;
* 580 éléments militaires en appui aux brigades villageoises et aux équipes aériennes ;
* Des jeunes volontaires ;

MOYENS MATERIELS ET FINANCIERS :

Moyens matériels
Matériels techniques
Ils se sont essentiellement composés de :
Appareils de traitement
- 18 Autoportés
- 661 appareils à moteur à dos
- 1.625 appareils à pile
- 2.364 pulvérisateurs conventionnels.

Matériels de Communication :
Radio E/R 141

Matériels de Protection
" Masques anti poussières : 3.963
" Paires de lunettes 4.697
" Paires de gants 3.591
" Paires de bottes 997
" Masques à gaz rechargeables 2.834
" Cartouches de rechanges 4.060
" Combinaisons 4.248

Matériels de prospection :
GPS Garmin : 60

Matériels roulants terrestres :
154 véhicules (dont 33 véhicules fournis par des pays amis) toutes catégories confondues (de prospection, véhicules autoportés de traitement, des camions de transport, de traitement et UNIMOG) ont participé à la lutte.

Matériels aériens
Le dispositif de traitement aérien a été composé de 12 Avions et d'un hélicoptère.

Moyens financiers
Ils sont de deux origines : les contributions nationales et les financements extérieurs.
Au 2 Novembre 2004, l'ensemble des contributions mobilisées pour faire face au programme de lutte contre le criquet pèlerin se chiffrent à 6 067 195 505 FCFA se décomposant comme suit :
- Partenaires à travers le compte spécial : 457 978 500 FCFA
- PASAOP/Banque Mondiale : 2 340 000 000 FCFA
- Partenaires USAID/PNUD : 54 000 000 FCFA
- FAO : 1 523 865 420 FCFA
- Budget National/Union Européenne : 1 060 000 000 FCFA
- Autres contributions dans le compte spécial : 631 351 585 FCFA.

PRINCIPALES DIFFICULTES RENCONTREES
Les difficultés rencontrées au cours de la campagne de lutte contre le criquet pèlerin sont de divers ordres :

Difficultés d'ordre technique
Elles se résument comme suit :

" Insuffisance du personnel technique ;
" Inaccessibilité de certaines zones infestées ;
" Grande mobilité des essaims de criquet ;
" Inadéquation de certains appareils de traitement avec les produis utilisés ;
" Insuffisance de matériels techniques ;
" Pannes rencontrées sur certains véhicules ;
" Nombreux cas de ré infestations obligeant les équipes de traitement à revenir sur leurs traces ;
" Absence de spécialistes de maintenance des appareils de traitement ;
" Arrivée tardive par rapport au cycle de développement des insectes de certains avions ;
" Difficultés d'approvisionnement des équipes terrestres et aériennes en pesticides et en carburant.

Difficultés d'ordre communicationnel
Elles sont les suivantes :
" Insuffisance des moyens de communication rendant difficiles les communications à temps réel sur l'évolution de la situation du criquet pèlerin;
" Difficultés de communication sur le terrain ne facilitant pas la coordination des interventions ainsi que le positionnement des différentes équipes techniques.

Difficultés d'ordre financier
Elles se résument comme suit :
- Insuffisance de ressources financières ;
- Difficulté de mobilisation des annonces financières des partenaires au développement.

RECOMMANDATIONS
Au regard des enseignements tirés de la gestion de la campagne de lutte contre le criquet pèlerin les recommandations d'ordre général suivantes peuvent être faites :
" Activer la mise en place de l'Office National de la Protection des Végétaux ;
" Doter l'Office en moyens humains, techniques et financiers adéquats ;
" Assurer une formation de qualité au personnel dudit lOffice ;
" Former et recycler les Brigades Villageoises ;
" Anticiper les prospections en 2005 ;
" Mener des actions d'atténuation de la crise alimentaire qui peut résulter du fait des pertes de production en assurant notamment un approvisionnent correct en céréales des populations sinistrées ;
" Développer et intensifier les cultures de contre-saison dans les zones propices.

CONCLUSION :
L'invasion du criquet durant la campagne 2004 a touché 7 régions administratives, 26 préfectures, 150 communes et a mobilisé 32 équipes terrestres dont 6 de l'Algérie, 1 du Burkina Faso, 1 équipe de la Libye et 24 du Mali. Egalement 12 avions et 1 hélicoptère ont constitué la flotte aérienne. Leur intervention a touché les régions de Kayes, Koulikoro, Mopti, Gao et Kidal,
Les dégâts enregistrés sur les cultures et les pâturages sont souvent sévères et localisés dans des zones où le niveau de la production agricole est souvent aléatoire compte tenu de l'insuffisance hydrique.
Les superficies infestées ont atteint 942 793 ha sur lesquelles près de 30 % ont été traitées par le dispositif terrestre et aérien.
Les résultats louables atteints ont été l'œuvre d'une grande mobilisation de l'ensemble du peuple malien, à travers notamment les responsables politiques, administratifs et techniques, de l'armée, des brigades villageoises, des jeunes volontaires et des partenaires techniques et financiers.
Cet engagement volontaire dénote de toute l'importance que le Gouvernement du Mali accorde à ce ravageur transfrontalier capable de porter préjudice à l'économie du Mali déjà fragilisée par la détérioration des termes de l'échange, la baisse des cours mondiaux des principaux produits d'exportation.
La guerre a été déclarée à une seule génération de criquet. Une bataille a été gagnée grâce, non seulement au sursaut national, mais aussi aux contributions fort appréciables des partenaires au développement. Nous devront cependant rester vigilants et nous préparer pour d'autres batailles ultérieures car la guerre contre ce fléau ne sera gagnée que quand il sera définitivement enrayé de notre pays.