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Déclaration Politique Paysanne
L'an 2005, les 12, 13 et 14 Septembre les
Organisations Paysannes des différentes régions
administratives du pays, regroupées au sein de la Coordination
Nationale des Organisations Paysannes (CNOP) se sont réunies
à Ségou aux fins de convenir des dispositions essentielles
à insérer dans la nouvelle loi d'orientation agricole
du Mali. L'atelier, dont le discours d'ouverture
a été prononcé par le Ministre de l'Agriculture
en présence des autorités politiques et administratives
locales, représente la dernière étape d'un
long processus de réflexions et de débats paysans
organisés aux niveaux local et régional et reposant
sur les expériences et connaissances paysannes ainsi que
sur des travaux d'études thématiques spécifiques.
Conscients de la place importante qu'occupe l'agriculture
dans le développement économique et social du pays,
le bien être des populations ainsi que de nos rôles
et responsabilités vis-à-vis de la nation, nous
productrices et producteurs agricoles et autres acteurs du monde
rural, tenons à apporter, à travers le présent
mémorandum, notre contribution dans la définition
de ce que devra être la politique de développement
agricole du Mali pour les 20 prochaines années.
Des défis Nos
propositions reposent sur l'analyse des contraintes et des opportunités
d'évolution de notre agriculture ainsi que sur les enjeux
et défis auxquels notre profession, nous-mêmes et
la nation entière devrions faire face. Parmi les défis
que nous devons relever, nous pouvons citer la croissance démographique
et l'urbanisation accélérée, les sécheresses
cycliques et les calamités naturelles, la dégradation
de nos ressources naturelles, la paupérisation accrue
dans nos campagnes, l'intégration régionale et
la globalisation des échanges commerciaux, la compétition
ouverte avec des agricultures d'autres contrées du monde
aux environnements plus favorables, le recours de plus en plus
important aux aliments que nous ne produisons pas ou peu, la
déstructuration de nos sociétés agraires,
les conflits fonciers et l'insécurité civile,
etc.
De la vision Cependant,
malgré les multiples contraintes et défis, nous
productrices et producteurs agricoles et autres acteurs du monde
rural du Mali, somme convaincus que l'Agriculture, notre profession
qui est essentiellement basé sur des systèmes d'exploitations
familiales aux fonctions et dimensions multiples est encore capable
de nourrir la population du Mali, de nous faire vivre dans la
dignité tout en participant à la préservation
de l'environnement et à la croissance économique
globale. C'est pour cela que nous proposons que
la politique de développement agricole du Mali repose
sur la vision consensuelle qu'ont les organisations paysannes,
de l'Agriculture malienne, c'est-à-dire:
Une Agriculture durable, productive, innovante
et compétitive, - basée principalement
sur les exploitations familiales agricoles multifonctionnelles,
multidimensionnelles, conduites par des exploitants dont les
professions sont reconnues et sécurisées -
qui nourrit ses populations urbaines et rurales, qui assure des
revenus décents et suffisants aux exploitants et qui participe
à l'amélioration du cadre de vie des populations
rurales sur la base de l'équité entre les villes
et les campagnes.
Des orientations et mesures de la LOA
La réalisation de la vision nécessite
l'adoption d'une nouvelle politique agricole courageuse qui tranche
de manière significative d'avec toutes celles que le Mali
a mises en uvre depuis son indépendance. Il s'agit
notamment d'opter résolument pour une politique agricole
reconnaissant : - au peuple malien, son droit
à la souveraineté et à la sécurité
alimentaires comme l'a déjà reconnu la politique
agricole de la CEDEAO auquel le Gouvernement Malien a souscrit
; c'est-à-dire le droit de produire ce que nous mangeons
et de prendre toute mesure appropriée de protection de
nos produits et de nos marchés agricoles et agroalimentaires
à l'intérieur de nos frontières nationales. - aux productrices et producteurs agricoles évoluant
dans les exploitations familiales, la reconnaissance légitime
et légale de notre profession et de nos instruments de
travail ainsi que notre droit d'en vivre décemment, aussi
longtemps que nous pouvons l'exercer et même lorsque nous
sommes dans l'incapacité de l'exercer pour causes de maladies
ou d'âge avancé; cette reconnaissance pourrait être
consacrée à travers l'adoption de textes réglementaires
spécifiques tels que le statut de l'exploitation familiale
agricole et la Convention Collective régissant le travail
dans le Secteur Agricole. - aux exploitantes
et exploitants du secteur agricole, le droit d'accéder,
de posséder et/ou de jouir durablement de la terre et
des ressources naturelles dans le strict respect des principes
d'équité entre les utilisateurs, de solidarité
nationale et régionale, de quiétude et de paix
sociales et civiles. - aux paysannes et paysans
que nous sommes, avec nos familles, le droit de vivre dans un
cadre de vie sécurisé où l'on a plaisir
à vivre avec toutes les commodités de la vie moderne
rendues accessibles grâce à un juste réinvestissement
dans nos terroirs de la plus value de nos efforts. -
aux paysannes et paysans que nous sommes, avec nos familles et
au sein de nos communautés rurales, des rôles et
des responsabilités dans la conservation de notre patrimoine
agricole et de nos cultures rurales et la préservation
au profit de nos descendants de notre environnement, de nos ressources
génétiques et de nos ressources naturelles. - Aux productrices et producteurs agricoles, l'acceptation
de la nécessité et de l'obligation de prendre des
mesures réglementaires pour préserver l'intégrité
environnementale et domaniale de l'exploitation familiale. - Aux pouvoirs publics, la consécration de
l'obligation de consulter, associer et responsabiliser les organisations
paysannes et les organisations professionnelles agricoles dans
la définition, l'application et l'évaluation des
orientations, stratégies et mesures relatives de toute
politique concernant l'agriculture et le milieu rural. -
Aux organisations professionnelles agricoles, le droit primordial
de défense de la profession et des intérêts
des exploitantes et exploitants partout où cela est nécessaire,
ainsi que le droit de mener des activités économiques
ou d'utilité publique dans le strict respect de la législation
et de la séparation des rôles et responsabilités.
- Aux organisations professionnelles agricoles,
aux Chambres d'agriculture et autres institutions, le partenariat
public-privé à travers les chambres d'agriculture
ou d'autres Institutions Publiques gérées ou cogérées
par les Organisations Paysannes a pour mission, le suivi, le
contrôle, l'évaluation, la mobilisation de ressources
internes et externes et la fourniture de services publics tels
que le Conseil Agricole, la recherche d'accompagnement, les opérations
pilotes de transfert de technologie, l'information sur les marchés
régionaux et internationaux, etc. - Aux
pouvoirs publics et aux collectivités décentralisées,
le devoir de consacrer une portion conséquente de leur
budget aux investissements et aux aménagements dans le
secteur agricole y compris la recherche agronomique et l'information
aux paysans. - Aux pouvoirs publics, le devoir
de créer les conditions nécessaires pour faciliter
l'accès à toutes et à tous et, de manière
équitable, aux facteurs de production et aux technologies
répondant à nos attentes et à nos besoins
de modernisation, d'affranchissement des aléas climatiques
et de maintien d'une agriculture durable aux multiples fonctions.
- Aux pouvoirs publics, l'obligation de se doter
des moyens nécessaires et d'adopter des mesures permettant
l'instauration de mécanismes opérationnels et des
institutions professionnelles de financement pour soutenir les
investissements structurants et modernisants des exploitations
familiales agricoles. - Aux pouvoirs publics,
l'obligation de créer une institution, le Conseil Supérieur
de l'Agriculture ayant pour missions l'orientation, le suivi
et l'évaluation des politiques agricoles
Des propositions et engagements du monde rural
Les orientations et mesures que les producteurs
agricoles et autres acteurs du monde rural souhaitent voir prises
en compte ont été traduites en principes, objectifs
et mesures politiques ou dispositions législatives ou
réglementaires contenues dans le Mémorandum comportant
la présente déclaration, la synthèse des
concertations paysannes et des propositions qui pourraient servir
de support de discussions lors de l'atelier national de validation. Ces propositions réaffirment la volonté
des paysannes et des paysans de faire adopter par le gouvernement
du Mali une loi qui annonce les dispositions suivantes : - le choix d'une politique agricole centrée
sur l'exploitation familiale agricole et visant la souveraineté
alimentaire, l'épanouissement des paysannes et des paysans,
la croissance économique, la gestion durable des ressources
naturelles, la conservation et la valorisation du patrimoine
agricole et des cultures rurales. - l'adoption
de textes législatifs et/ou réglementaires qui
définissent le statut de l'exploitation familiale agricole,
réglementent la profession d'exploitante ou d'exploitant
selon les différents sous-secteurs agricoles et prévoient
des mesures compensatoires dans des situations de risques exceptionnels.
- l'adoption de textes de lois et des règlements
annonçant un nouveau régime foncier où les
droits, les avantages, les rôles et les responsabilités
des différents utilisateurs sont reconnus et des mécanismes
participatifs de règlement des conflits sont consacrés. - la confirmation que le gouvernement du Mali est
disposé à consacrer au moins 15% de son budget
aux investissements dans le secteur agricole conformément
aux engagements pris dans le cadre de l'UEMOA. Nous,
représentants du monde rural du Mali, réitérons
notre reconnaissance et nos remerciements au Président
de la République pour toute la confiance qu'il nous a
manifesté en responsabilisant la CNOP pour la conduite
du processus de réflexion et de concertation. Nous
marquons notre engagement à uvrer pour faire connaître
la LOA aux populations, une fois promulguée, et pour la
mise en application de ladite loi dans toutes ses dispositions.
Nous marquons notre disponibilité à poursuivre
la concertation avec les autres acteurs pour que l'agriculture
assume pleinement les fonctions qui lui sont reconnues. Enfin,
nous donnons mandat à la CNOP de nous représenter
dans toutes les instances de concertation relatives à
la loi et à ses textes d'applications et nous lui confions
la responsabilité de coordonner toutes les initiatives
paysannes d'application, de suivi, de surveillance et d'évaluation
de la LOA.
Fait à Ségou, le 14 Septembre
2005
Les Représentants du Monde Rural et des Organisations
Paysannes
Synthèse des concertations paysannes
Préface
Lors des Etats Généraux du monde
rural, les paysans ont demandé leur implication effective
dans la gestion " de leur propre devenir ". Suite à
cela, le gouvernement de la République du Mali, sous l'égide
de son Excellence le Président de la République
du Mali, a voulu organisé des concertations nationales
avec les paysans, les organisations socioprofessionnelles, les
chercheurs, les agents techniques et partenaires du secteur autour
de la Loi d'Orientation Agricole (LOA). Dans cette
vision présidentielle, le paysan et le milieu rural sont
placés au centre de la problématique agricole du
Mali. De vastes concertations locales, régionales et thématiques
doivent assurer la prise en compte des préoccupations,
attentes et propositions du monde paysan dans l'élaboration
et la mise en uvre de la Loi d'orientation agricole. La présidence de la République a confié
l'organisation de ces concertations à la Coordination
nationale des organisations paysannes (CNOP), une confédération
socioprofessionnelle réunissant les différentes
fédérations paysannes. Le lancement officiel du
processus d'élaboration de la Loi d'Orientation Agricole
a eu lieu le 7 février 2005.
La CNOP avait déjà commencé depuis 2004
une réflexion sur les enjeux et les contenus de la Loi
d'Orientation Agricole en s'inspirant notamment des études
paysannes nationales et sous-régionales et de l'expérience
des organisations paysannes sénégalaises dans l'élaboration
de la Loi d'Orientation Agro-sylvo-pastorale du Sénégal.
Consciente de ses responsabilités dans le cadre des concertations
paysannes, la CNOP s'est adjoint les services techniques de Axe
Formation, un partenaire des organisations de la société
civile malienne. Ils ont adopté une stratégie de
communication et une méthodologie d'animation permettant
de capitaliser les points de vue des paysans maliens sur les
différents thèmes de la Loi d'Orientation Agricole
dans la transparence et la démocratie.
Dans cette optique, la démarche de capitalisation des
contributions paysannes comportait :
- L'élaboration de questions et propositions précises
servant à conduire les débats paysans
- La collecte de toutes les contributions paysannes exprimées
lors des concertations locales, régionales et thématiques
- La transmission fidèle de ces contributions (sans en
déformer le sens)
- L'analyse des préoccupations, points de vue et propositions
récoltées sur les thèmes de la Loi d'Orientation
Agricole
- L'élaboration de propositions pour le mémorandum
paysan, pour la Loi d'Orientation Agricole, ainsi que pour les
dispositions pratiques de mise en application et de suivi.
Pour assurer la transparence et la crédibilité
du processus, toutes les informations des concertations sont
publiques. Les médias locaux, régionaux et nationaux
ont diffusé des informations sur les enjeux et les thèmes
de la Loi d'Orientation Agricole. Un site internet entièrement
dédié aux " Concertations paysannes sur la
Loi d'Orientation Agricole ", développé par
Axe Formation, permet la diffusion permanente des contributions
paysannes, des analyses, des outils et méthodes d'animations,
et autres documents ; il constitue une banque d'informations
de référence sur le monde rural (adresse du site
: http://loa.initiatives.net.ml)
Les concertations paysannes locales se sont déroulées
par regroupement de cercles (24 ateliers locaux) à partir
du 11 mai 2005. Elles ont réunit les leaders paysans et
des acteurs impliqués dans la vie locale. Elles ont permis
d'identifier les préoccupations des populations paysannes,
de proposer des pistes de solutions, et de donner les points
de vue des paysans sur des questions d'envergure régionale
et nationale. Les concertations paysannes régionales (huit
régions, et le District de Bamako) ont permis de faire
la synthèse des concertations paysannes locales, ont traité
des spécificités régionales, et ont adopté
des propositions concrètes et opérationnelles.
Des ateliers thématiques sur des sujets transversaux touchant
des questions nationales ont également eu lieu ("
le statut des exploitations et des exploitants ", "
le foncier ", " le financement ", " la dynamique
des milieux ruraux ", " la formation ", le conseil
et la recherche agricole ", " la prévention
et la gestion des risques agricoles et des calamités ").
La synthèse nationale paysanne s'est déroulée
à Ségou les 12, 13 et 14 septembre 2005.
L'analyse et les propositions des paysans
sont présentées dans ce mémorandum de manière
suffisamment claire et précise pour pouvoir être
prises en compte dans la rédaction de la loi d'orientation
agricole et dans les textes d'application. Ce mémorandum
constitue un outil d'appréciation et de suivi permettant
aux paysans de reconnaître de quelle manière et
dans quelle mesure leur point de vue a été pris
en compte dans les décisions. Il convient
de souligner l'appui du Réseau des Organisations Paysannes
et des Producteurs de l'Afrique de l'Ouest (ROPPA), des animateurs
et consultants impliqués dans l'animation des concertations
paysannes, des responsables des organisations paysannes maliennes,
ainsi que de nombreux agents de services techniques maliens.
Plusieurs partenaires techniques et financiers ont également
apporté leurs concours, notamment la Coopération
Suisse, la Coopération Française, la SNV, le PASAOP,
ainsi que le CNCR. La CNOP remercie le Ministère de l'Agriculture,
dont l'accompagnement n'a pas fait défaut tout au long
de ce processus. Le présent mémorandum
est le fruit de la réflexion et des débats paysans
qui ont eu lieu de la base au sommet sur toute l'étendue
du territoire. Il trace la voie que les paysans souhaitent pour
" faire de l'agriculture, le moteur de l'économie
malienne ". Il comporte une déclaration politique,
la synthèse des concertations paysannes, un avant-projet
de LOA paysan, ainsi que réflexions sur la définition
des orientations et la mise en application des dispositions de
la Loi d'Orientation Agricole. Les paysans et
paysannes du Mali remercient le Président de la République
du Mali, Son Excellence Amadou Toumani Touré, pour l'initiative
de l'élaboration de cette Loi d'Orientation Agricole et
pour la confiance qu'il a portée en eux. Ils tiennent
à lui réitérer tout leur engagement et leur
implication dans la mise en application et le suivi de la Loi
d'Orientation Agricole.
Vision paysanne de l'agriculture malienne
Une agriculture reposant sur les exploitations
familiales agricoles multifonctionnelles, multidimensionnelles,
et compétitives. Une agriculture durable,
productive et innovante - conduite par des exploitants
et des exploitantes dont les professions sont reconnues et sécurisées
- qui nourrit ses populations urbaines et rurales
- qui assure des revenus décents et suffisants aux exploitants
et aux exploitantes
- qui participe à l'amélioration du cadre de vie
des populations rurales sur la base de l'équité
entre les villes et les campagnes
- dont les excédents permettront une croissance économique
à travers la commercialisation et l'exportation.
1 Etat des lieux
Lors des concertations paysannes, les délégués
paysans ont annoncé le contexte actuel de l'agriculture
et de la vie en milieu rural, ont évoqué les opportunités
qu'ils perçoivent et ont dressé des perspectives
pour le développement de la Politique agricole du Mali.
Nous présentons ici une synthèse
des contraintes et des opportunités exprimées,
ainsi que les questions transversales dégagées
suite à l'analyse de l'ensemble des contributions paysannes.
1.1 Des contraintes Contraintes liées aux faiblesses
de l'Etat
- Insuffisance dans la diffusion des textes et dans l'application
des textes et des décisions de justice
- Manque d'implication et d'orientation dans les politiques sectorielles
et d'informations sur les zones agro-écologiques, insuffisance
dans l'encadrement technique
- Insuffisance d'infrastructures rurales (routes, électrification,
assainissement), enclavement des zones de production
- Manque de sécurité (sécurité des
hommes et des biens, la sécurité sociale, la sécurité
sanitaire et la sécurité alimentaire, difficulté
de circulation, retrait des terres exploitées)
- Manque de réforme foncière et insuffisances de
schémas d'aménagement du territoire
- Difficultés liées à la gestion des litiges
fonciers (non respect du droit coutumier, des conventions locales,
non application des décisions de justice)
- Manque d'accès aux services sociaux (éducation,
santé) en milieu rural
- Insuffisance de contrôle et d'organisation dans l'importation
et l'exportation
- Manque de contrôle de qualité des produits (semences,
intrants, produits phytosanitaires).
- Mauvaise gestion des calamités
- Tracasseries administratives (circulation des biens et des
personnes, corruption)
Contraintes liées aux relations institutionnelles
avec les collectivités
- Manque de cadre de concertation entre les collectivités
et les acteurs du monde rural
- Inachèvement des transferts de compétence et
de ressources dans le cadre de la décentralisation et
de la déconcentration
Contraintes liées à l'absence
de ressources
- Pauvreté des populations qui compromet l'accès
aux services sociaux de base (santé, éducation)
et aux activités productives
- Difficultés conjoncturelles (calamités, crises
des cours mondiaux, aléas climatiques) rendent les paysans
vulnérables
- Difficultés d'accès aux facteurs de productions
(intrants, équipements, formation, financement)
- Difficultés d'accès aux crédits
Contraintes liées aux personnes
- Accroissement démographique et diminution des surfaces
exploitables et de la rentabilité)
- Exode rural (insécurité en ville, manque de dynamisme
dans les milieux ruraux)
- Les femmes et les jeunes ne jouissent pas des avantages et
de la reconnaissance de leurs rôles dans la société
(au sein des exploitations, emplois en milieu rural)
- Retrait des terres exploitées par les propriétaires
terriens (Etat, propriétaires coutumiers)
- Formation professionnelle peu diversifiée, structures
de formation en nombre insuffisant
- Mauvaises pratiques (utilisation de produits chimiques pour
la pêche, exploitation abusive des ressources naturelles,
notamment forestières, non respect par méconnaissance
des textes en vigueur)
Contraintes liées à l'organisation
des acteurs
- Manque d'organisation des filières
- Mauvaise gestion des aménagements hydrauliques, manque
de suivi
- Mauvaise gestion des sols (appauvrissement)
- Déficit démocratique au sein des organisations
paysannes
- Manque de circuits d'information et de collaboration entre
les organisations paysannes, entre les OP et les faîtières
Contraintes liées à l'environnement
- Désertification
- Érosion des sols
- Baisse de la pluviométrie et des crues
- Calamités naturelles (sécheresse, inondations.)
- Maladies et épidémies (humaines et animales)
- Encombrement des cours d'eau (jacinthe, sable)
1.2 Des opportunités
Opportunités liées aux ressources
humaines
- a majorité des Maliens sont des ruraux (80% de la population)
- Les jeunes et les femmes sont des composantes importantes des
ressources humaines
- Prise de conscience accrue, notamment sur les impacts de l'activité
humaine sur la gestion des ressources naturelles
- Les compétences sont disponibles dans certaines localités
(techniques, production d'intrants, fabrication d'outils)
- Les paysans connaissent leurs ressources, leurs forces, et
ont des idées claires sur les voies à suivre pour
l'agriculture malienne.
Opportunités liées aux ressources
naturelles
- Existence de grandes potentialités agricoles
- La maîtrise de l'eau et la gestion consensuelle des ressources
naturelles favorise l'harmonie
- Sources d'énergies renouvelables disponibles et à
exploiter (soleil, vent, eau, biodiversité, etc).
- Existence de système de gestion des ressources forestières
et fauniques dans certains milieux
- Potentialités d'exploitation des ressources du sol en
préservant l'environnement
Opportunités liées aux relations
institutionnelles
- Les conditions politiques sont favorables au développement
de l'agriculture et des milieux ruraux
- Existence de textes de lois (ex: charte pastorale, conventions
locales de gestion des ressources naturelles, code forestier,
code domaniale et foncier, etc)
- Institutions compétentes en matière d'orientation
agricoles (offices, observatoire des marchés agricoles,
système d'alerte précoce, chambres d'agriculture,
etc)
- Structures traditionnelles (contribue à la résolution
des conflits)
- Présence de partenaires techniques et financiers
Opportunités liées aux structures
et services du monde rural
- Services techniques de l'Etat et des prestataires privés
- Services sociaux (Centres de santé communautaires, écoles,
centres de formation)
- Unités locales (fabrication d'intrants, d'équipements,
transformation, transports, etc)
- Organisations paysannes professionnelles impliquées
(représentations, productions de semence, commercialisation,
filières, etc)
1.3 Questions transversales
Plusieurs questions transversales ont été
évoquées systématiquement par la grande
majorité des concertations locales, régionales
et thématiques qui ont eu lieu sur l'ensemble du territoire.
Ces questions constituent des points fondamentaux sur lesquels
ils demandent une réponse de l'Etat malien et des organisations
paysannes. Les paysans considèrent que
l'information et la formation sont des clefs fondamentales pour
tout développement de l'agriculture : pour connaître
les textes et lois en vigueur et veiller à leur mise en
application, pour saisir une opportunité, pour connaître
les conditions d'accès au financement et respecter les
engagements, pour bénéficier pleinement des innovations
techniques et technologiques, pour assurer un meilleur rendement
à l'ensemble des activités. Demandes
exprimées
- Que l'Etat joue pleinement son rôle (sécurité,
orientations, contrôle sanitaire, application de la réglementation,
etc)
- Que des cadres locaux de concertations soient institués
ou redynamisés pour la gestion des ressources naturelles,
pour la gestion des conflits fonciers, pour le suivi de l'application
de la LOA
- Qu'il y ait une meilleure organisation (transparence dans l'information
et la gestion, précision des rôles et responsabilités)
au sein des organisations paysannes
Inquiétudes exprimées
Sur l'ensemble des concertations, les participants ont exprimé
avec force des inquiétudes générales concernant
- la transmission fidèle de leurs points de vue et préoccupations
jusqu'au bout du processus
- la prise en compte effective des propositions paysannes dans
la LOA
- le respect des recommandations et résolutions des concertations
paysannes
- la mise en application de la LOA et des autres réformes
qui en découleront
2 Propositions paysannes dans le cadre de la Politique
de développement agricole
Nous présentons ici les grandes orientations
concernant des thèmes clefs de la Loi d'Orientation Agricole
évoqués lors des concertations paysannes. Ces orientations
sont complétées par des principes utiles dans l'élaboration
de la LOA et des dispositions pratiques pour la mise en application.
Ces derniers ont été réunis en annexes et
font partie intégrante du présent mémorandum.
2.1 Du statut des exploitants et
des exploitations agricoles
- Reconnaissance juridique d'un statut pour les exploitations
familiales agricoles
- Reconnaissance d'un statut pour les personnes (membres de la
famille et employés)
- Elaboration d'un code des professions agricoles
- Mise en place d'un régime de sécurité
sociale pour les exploitants, leurs familles, leurs employés
- Appui au développement d'activités économiques
favorisant l'emploi rural
- Accès des femmes et des jeunes aux ressources et aux
décisions
2.2 De l'information, de la formation,
de la recherche et du conseil agricole
- Diffusion d'informations à l'intention des producteurs
par l'extension des radios rurales et locales
- Traductions en langues locales des revues et textes régissant
le monde rural
- Poursuite de l'alphabétisation fonctionnelle et de l'éducation
informelle
- Formation continue des producteurs (techniques, gestion) sur
place et adaptée aux activités agricoles
- Restauration des établissements d'enseignements conventionnels
- Amélioration de l'encadrement, de la vulgarisation,
et du conseil agricole
- Redynamisation des organisations paysannes impliquées
dans la recherche
- Introduction et diffusion de semences et races améliorées,
tout en préservant les semences et les races locales.
- Non aux OGM
2.3 De la gestion des ressources
naturelles
- Mise en place et redynamisation des Cadres locaux de concertation
- Information / formation / sensibilisation des citoyens
- Reconnaissance et application des conventions locales de gestion
des ressources naturelles
- Elaboration de schémas d'aménagements locaux
prévoyant l'espace pour les activités agricoles
et pastorales, l'urbanisation, les routes, les parcs et réserves,
les bois sacrés
- Intensification et pérennisation de la lutte contre
la désertification
2.4 Du régime foncier et de
l'aménagement du territoire
- Reconnaissance du droit coutumier en déterminant les
conditions d'acquisition et d'accès, ainsi que ses limites
- Sécurisation des exploitants sur la terre qu'ils travaillent
(conventions d'utilisation à long terme)
- Accès à la propriété foncière
(avec titre foncier à moindre coût pour les exploitations
agricoles familiales)
- Accès aux ressources foncières pour les jeunes
et pour les femmes
- Gestion locale des conflits et reconnaissance des décisions
prises par les cadres de concertation locaux
- Révision de la gestion des zones aménagées
(contrat plan, offices, cahier de charges, décrets de
gérance)
- Application de la réglementation de la transhumance
/ bourgoutières - pour la réduction des conflits.
2.5 Du financement
- Mobilisation des ressources (part significative du budget national
consacrée à l'agriculture, mise en place de fonds
spécifiques)
- Augmentation des investissements et aménagements en
milieu rural
- Développement de services financiers adaptés
aux différentes productions
- Développement des institutions de micro-finance
- Mise en place d'un fonds de garantie hypothécaire (accès
aux crédits long terme pour des investissements en équipements)
- Actions pour la réduction des taux d'intérêt
des crédits
- Mesures fiscales (réduction TVA, TAF)
2.6 Des intrants et des équipements
- Accès aux intrants (réduction des prix, contrôle
de qualité, distribution à temps)
- Accès aux équipements (réduction de prix,
conditions d'accès aux crédits)
- Production et valorisation d'intrants locaux
- Production et entretien locaux des équipements
2.7 Des infrastructures et des aménagements
- Investissement pour les routes et pistes rurales, transport
- Unités de conservation, transformation, commercialisation
- Infrastructures collectives (santé, éducation,
sécurité, électrification, téléphonie)
- Augmentation des aménagements hydrauliques et hydroélectriques
- Implication des producteurs dans la gestion des aménagements
2.8 De la maîtrise de l'eau
- Maîtrise totale de l'eau (accessibilité à
l'eau pour l'irrigation, meilleur contrôle et meilleure
gestion de l'irrigation)
- Gestion des eaux de surface (désensablement des cours
d'eau, préservation des berges, aménagements hydrauliques,
barrages de retenues d'eau)
- Mise en valeur et préservation des eaux souterraines
- Lutte contre la pollution
2.9 De la gestion des risques agricoles
et des calamités
- Développement des services d'assurances pour les exploitations
(sécuriser les actifs - équipements, bétail
- et de sécurité sociale pour les personnes (famille,
employés)
- Création de banques de céréales, d'aliment
bétail et de banques de semences au niveau local
- Déconcentrer le dispositif de vente et de constitution
du stock national de sécurité (céréales,
aliment bétail, et semences) jusqu'au niveau communal
- Organisation de la lutte contre les déprédateurs
et les prédateurs (fauves)
- Dispositifs de protection et de prévention contre les
calamités (indemnisation, reconstruction)
- Création d'un fonds national de gestion des calamités
2.10 Des productions et des marchés
- Orientations et appuis aux productions spécifiques (agricoles,
animales, halieutiques, forestières)
- Valorisation des produits locaux
- Approvisionnement des marchés locaux, régionaux,
circulation des personnes et des productions
- Mesures de protection des exploitants contre les importations
- Organisation et promotion des filières, notamment les
produits et sous-produits de l'élevage
" Débouchés et promotion sur les marchés
sous régionaux et mondiaux
2.11 Du cadre institutionnel
- Implication des OP et des collectivités territoriales
dans toutes les activités locales (cadres de concertation)
- Implication des paysans dans le système d'approvisionnement
en intrants et équipements et de commercialisation des
produits
- Suivi paysan pour l'application de la LOA
- Mise en place du Conseil Supérieur de l'agriculture
- Définition des rôles et responsabilités
de la Chambre d'Agriculture et des Organisations Paysannes
- Elaboration d'un code rural (comportant tous les textes régissant
le secteur : foncier, forestier, charte pastorale, etc).
- Déconcentration des services techniques auprès
des collectivités sans conditions dans les prestations
à caractère public.
3 Conclusions
3.1 Recommandations
- Que les décisions du présent mémorandum
soient prises en compte dans l'élaboration de la LOA.
- Que le mémorandum paysan et la LOA soient traduits dans
les langues nationales et diffusés sur le territoire jusqu'à
la base
- Qu'il y ait un instrument de suivi correct des dispositions
de la LOA impliquant les paysans
- Que l'Etat crée une institution, le Conseil Supérieur
de l'Agriculture ayant pour missions l'orientation, le suivi
et l'évaluation des politiques agricoles
- Que l'Etat joue pleinement son rôle dans la concrétisation
des dispositions de la présente LOA par le financement
effectif et l'application des réformes du secteur rural
3.2 Résolutions
Nous représentants du monde rural du Mali, réitérons,
notre reconnaissance et nos remerciements au Président
de la République pour toute la confiance qu'il nous a
manifestée en responsabilisant la CNOP pour la conduite
du processus de réflexion et de concertation. Nous
marquons notre engagement à uvrer pour faire connaître
la LOA aux populations, une fois promulguée, et pour la
mise en application de ladite loi dans toutes ses dispositions.
Nous marquons notre disponibilité à poursuivre
la concertation avec les autres acteurs pour que l'agriculture
assume pleinement les fonctions qui lui sont reconnues. Enfin,
nous donnons mandat à la CNOP de nous représenter
dans toutes les instances de concertation relatives à
la loi et à ses textes d'applications et nous lui confions
la responsabilité de coordonner toutes les initiatives
paysannes d'application, de suivi, surveillance et évaluation
de la LOA.
3.3 Remerciements
L'atelier, au nom des paysans et paysannes du Mali et de tous
les acteurs ayant participé aux concertations paysannes
sur la Loi d'Orientation Agricole, ses vifs remerciements
- aux autorités administratives et
politiques qui n'ont ménagé aucun effort pour la
réussite des concertations locales, régionales,
thématiques, ainsi que la synthèse nationale paysanne
- aux chefs de villages et de fractions, aux personnes ressources,
aux ONG et partenaires au développement qui se sont impliqués
dans les concertations locales et régionales
- à Axe Formation, pour son engagement, son abnégation
et son appui constant tout au long du processus
- aux consultants et experts ayant apporté leurs concours
aux concertations thématiques, à l'analyse des
contributions paysannes, et à la préparation du
mémorandum paysan
- à la presse locale, régionale et nationale (presse
écrite et radio locales, ORTM) qui ont assuré la
couverture des concertations paysannes sur la Loi d'Orientation
Agricole
- à la CNOP et ses représentations locales pour
leur engagement
Fait à Ségou le 14 Septembre
2005, les Représentants du Monde Rural et des Organisations
Paysannes
4 Réflexions pour l'élaboration de la
Loi d'Orientation Agricole et sa mise en application
Les réflexions thématiques présentées
ici sont issues de l'analyse des contributions recueillies lors
des concertations paysannes pour l'élaboration de la Loi
d'Orientation Agricole et sa mise en application.
4.1 Concernant les dispositions générales
La Politique de développement de l'agriculture a pour
but de
- garantir la souveraineté alimentaire
- sécuriser les revenus des producteurs
- dynamiser les milieux ruraux par l'accessibilité et
la disponibilité des infrastructures et services aux populations
et le développement de l'emploi rural
- assurer une gestion durable des ressources naturelles avec
la participation des ruraux et des collectivités locales Cette politique de développement de l'agriculture
repose sur la modernisation de l'exploitation agricole familiale
d'abord, ainsi que sur le développement des activités
agro-alimentaires et agro-industrielles satisfaisant en premier
lieu les besoins locaux, régionaux et nationaux. La compétitivité
de l'agriculture malienne pour les marchés régionaux
et internationaux repose sur ce dynamisme local et national,
seul capable de garantir sur le moyen et le long terme que l'agriculture
soit le moteur de l'économie nationale. Les
stratégies de mise en uvre de cette politique sont
:
- Poser les conditions pour la modernisation des exploitations
familiales en leur conférant un statut juridique et en
élaborant un code des professions agricoles;
- Mettre en place des mécanismes de prévention
des risques et d'aide en cas de calamités naturelles ou
de fortes chutes des prix agricoles ;
- Développer les débouchés et les marchés
pour les produits agricoles ;
- Soutenir le développement des organisations de la profession
agricole et asseoir un partenariat avec eux dans la conception,
la mise en oeuvre et l'évaluation des politiques agricoles
;
- Développer l'économie rurale, notamment par les
activités de services et de transformation des matières
premières agricoles ;
- Favoriser l'intégration sous-régionale et internationale
;
- Consolider les missions de service public que sont : l'information,
la recherche, la formation, la protection des citoyens (sécurité,
santé humaine, animale et phytosanitaire, application
des règlementations);
Cette politique de développement agricole
devra être élaborée et mise en uvre
en partenariat avec les organisations paysannes, les collectivités
territoriales, les acteurs du secteur privé et de la société
civile. Chaque région devra ainsi adopter une politique
spécifique reposant sur ses priorités de développement
et ses réalités agro-écologiques. Les politiques
régionales, tout en s'inscrivant dans le cadre de la politique
nationale, seront fondées sur des schémas d'aménagement
des territoires respectueux de l'environnement écologique
et humain. Les collectivités décentralisées
recevront les transferts de ressources humaines, matérielles
et financières nécessaires au respect de leur mission.
La Politique de développement de l'agriculture
repose sur les principes suivants :
- Toute forme de servitude est proscrite dans le secteur agricole
- Toute exploitation abusive des enfants est interdite
- Tout travail effectué dans le secteur agricole doit
correspondre à une juste rémunération
- Tout paysan a droit à la sécurité : Accès
à la terre ; Accès à la propriété
; Protection physique et des biens ; Protection face aux calamités
naturelles et autres aléas conjoncturels ; -
Accès à la - formation, à l'éducation,
à l'information ; Accès aux facteurs de production
- Equité Hommes/Femmes : Accès aux responsabilités
; Accès à la propriété ; Accès
à l'héritage ; Accès au revenu ; Accès
aux prises de décisions
- Insertion des jeunes : Accès au développement
d'activités économiques agricoles et péri-agricoles
en milieu rural
La Politique de développement de l'agriculture
a pour objectifs
- la souveraineté et la sécurité alimentaires
du pays ;
- la réduction de la pauvreté rurale ;
- la réduction de l'impact des risques climatiques, économiques,
environnementaux et sanitaires;
- l'amélioration du cadre et des conditions de vie en
milieu rural ;
- la protection de l'environnement et la gestion durable des
ressources naturelles ;
- l'augmentation soutenable de la production et de la productivité
;
- l'amélioration des revenus des producteurs par une rémunération
juste de leurs produits ;
- la protection sociale des exploitants et du personnel agricoles
;
- la protection des exploitations agricoles contre les risques
agricoles et la concurrence déloyale ;
- la structuration de la profession agricole ;
- l'aménagement agricole équilibré et cohérent
du territoire ;
- la production de produits exportables et la conquête
de marchés ;
- l'augmentation de la contribution du secteur rural à
la croissance économique.
La Politique de développement agricole
concerne toutes les activités agricoles et péri-agricoles,
ainsi que les activités et services concourant à
l'amélioration du cadre de vie rurale.
- Les activités agricoles sont les activités visant
à maîtriser et/ou exploiter tout ou partie d'un
cycle biologique végétal ou animal (agriculture,
élevage, pêche, exploitation forestière).
Les activités péri-agricoles concernent toute activité
visant explicitement à faciliter une activité agricole
en amont ou en aval
" Les activités et services concourant à l'amélioration
du cadre de vie des milieux ruraux concernent l'accessibilité
des populations aux infrastructures et services sociaux, tant
dans la promotion du développement de nouvelles activités
et services que dans l'amélioration de la qualité
et de l'accessibilité des activités et services
existants.
4.2 Concernant le régime foncier
Au regard des analyses faites et des résultats des concertations
paysannes sur la LOA ainsi que des propositions paysannes pour
une gestion pacifique et durable des ressources foncières
au Mali, il se dégage les principales options stratégiques
suivantes concernant le régime foncier à mettre
en place dans le cadre de la LOA L'initiative
LOA requiert l'adoption d'une politique conséquente sur
le foncier rural au Mali. Une telle politique sera notamment
axée sur la sécurité foncière des
exploitants agricoles, un accès équitable au foncier
pour les différents groupes sociaux et une gestion décentralisée
du foncier. La politique foncière doit être élaborée
à travers une approche participative avec une forte implication
des organisations paysannes. L'adoption de cette politique devra
intervenir un an au plus tard après l'adoption de la LOA.
La sécurité foncière
des exploitants agricoles est une condition indispensable pour
le développement d'une agriculture durable au Mali. "
La sécurisation foncière (droits d'usage ou propriété)
est seule à même de permettre aux agriculteurs,
éleveurs, pêcheurs et exploitants forestiers, d'investir
en toute confiance sur des terres dont ils savent qu'ils continueront
à les exploiter sur des périodes justifiant les
investissements consentis ". Il importe d'assurer la sécurité
foncière des exploitants agricoles à travers notamment
: - la mise en place d'un système efficient
de formalisation des droits coutumiers : le CDF de 2000 institue
un cadastre au Mali. Toutefois, la mise en uvre d'un tel
instrument dans un pays comme le Mali requiert beaucoup de temps
et de moyens. Aussi, vu les enjeux, il importe de trouver en
attendant d'autres alternatives plus faciles à mettre
en uvre en vue d'assurer une garantie des droits fonciers
coutumiers auxquels une grande majorité des ruraux continuent
à se référer. En l'occurrence, l'option
de plan foncier rural simplifié où ne seront inscrites
que les parcelles au sujet desquelles il existe un acte administratif
ou contractuel est à envisager ;
- la facilitation de l'obtention de titres fonciers, de titres
de concession rurale et des baux à longue durée,
à travers une simplification des procédures et
un allègement des coûts pour permettre l'accès
de la grande majorité des ruraux aux dits titres. (attention
au montant)
- Des facilités seront également accordées
aux investisseurs étrangers, en particuliers à
ceux ressortissant des pays en communautés avec le Mali.
Toutefois, dans ce cas l'obtention de titre foncier sera subordonnée
à l'exécution à terme d'un contrat de bail. Des dispositions, y compris des mesures de discrimination
positive doivent être prises en vue d'assurer un accès
équitable au foncier pour les groupes vulnérables.
Il importera notamment d'instituer en matière d'attribution
de parcelles au niveau des zones aménagées un système
de quota pour les femmes et les jeunes. Il importera également
de veiller à l'héritage des terres et habitats
pour les veuves. Des dispositions doivent être
prises en vue de rendre effective l'option de gestion décentralisée
du foncier dégagée depuis longtemps et inscrite
dans les textes de la décentralisation. Il s'agira notamment
de
- diligenter le transfert effectif des domaines et des compétences
de gestion foncière aux collectivités territoriales
par l'adoption des textes d'application des textes d'application
des différentes lois adoptées en matière
de gestion foncière
- d'assurer une bonne gouvernance locale en matière de
gestion foncière.
En vue de prendre en compte les éléments
susmentionnés ; le CDF devra être reformé
sous la forme d'un système de loi souple comportant notamment
une loi d'orientation sur le foncier rural qui définirait
de grands principes au niveau national et laisserait le soin
au gouvernement et aux collectivités territoriales de
prendre des règlements adaptés à leur contexte
local. Cette reforme du CDF devrait intervenir deux ans au plus
tard après la promulgation de la LOA. Il
importe de mettre en place un système plus efficient de
gestion des conflits fonciers intégrant d'une part les
instances et les mécanismes locaux de gestion de conflits
et d'autre part une réforme du système judiciaire
en vue d'une meilleure prise en compte à la situation
des conflits fonciers, y compris des cas les plus spécifiques
comme la gestion des bourgoutières.
La sécurité foncière
des exploitants agricoles sera notamment assurée par la
mise en oeuvre du cadastre par les communes dans un délai
de dix ans à compter de la promulgation de la présente
loi.
- Il sera également institué dans chaque commune
rurale un plan d'aménagement foncier dont l'objectif est
de préciser les espaces affectés aux diverses activités
rurales ainsi que les droits qui s'y exercent dans un délai
de deux ans à compter de la promulgation de la présente
loi.
- En vue de promouvoir la capitalisation et l'accroissement de
la production agricole, des mesures de simplification de procédures
et d'allègement de coûts seront prises pour faciliter
l'obtention des titres fonciers, des titres de concession rurale
et des baux à longue durée aux exploitants agricoles.
- Des dispositions seront également prévues pour
faciliter l'obtention de titres fonciers par des investisseurs
étrangers en particulier ceux de ressortissants de pays
en communauté avec le Mali. Toutefois, dans ce cas l'obtention
de titres fonciers sera subordonnée à l'exécution
à terme d'un contrat de bail.
- Un accès équitable au foncier sera assuré
aux groupes vulnérables. Il sera notamment institué
un système de quota en faveur des femmes et des jeunes
en matière d'attribution de parcelles au niveau des zones
aménagées sur fonds publics.
- Une gestion décentralisée et durable du foncier
sera assurée à travers l'élaboration d'une
loi cadre sur le foncier rural définissant les principes
généraux et laissant le soin aux collectivités
territoriales de définir des règlements locaux
prenant en compte leur contexte local.
- Une meilleure gestion des conflits sera assurée à
travers une prise en compte des instances et des mécanismes
locaux de règlement des conflits fonciers. La procédure
judiciaire en matière de conflit foncier doit être
obligatoirement précédée d'une tentative
de conciliation par les autorités traditionnelles ou locales.
Le résultat de cette tentative est consigné dans
un procès-verbal.
- Il est institué au niveau de chaque commune une Commission
Foncière disposant de compétences consultatives
et d'un pouvoir de décision. Au titre des compétences
consultatives, l'avis de la Commission Foncière est notamment
requis pour toutes les questions relatives aux attributions de
terres. Au titre de son pouvoir de décision, la Commission
Foncière a compétence pour procéder à
la reconnaissance et à l'établissement du contenu
des droits fonciers ainsi qu'à la transformation en droit
de propriété des droits de concession rurale. La
Commission Foncière est dotée d'un pouvoir général
de contrôle sur la mise en valeur des terres de la commune.
La composition et les modalités de fonctionnement de la
Commission Foncière seront définies par décret
pris en conseil des ministres.
4.3 Concernant le statut des exploitations
et des personnes
Sur la base de l'identification des contraintes dont la plupart
se recoupent et touchent les questions de statut juridique, de
survivance de l'esclavage, de l'absence de professionnalisme,
de question touchant à l'insécurité, foncière,
des biens et de financement par les usuriers, Il a été
formulé les propositions suivantes :
- La meilleure connaissance des métiers et professions
du secteur agricole peut être un répertoire des
métiers et professions du secteur agricole
- Le choix politique devant valoriser et protéger les
petits agriculteurs, avec dédommagement conséquent
en cas d'expropriation, de lotissement
- l'élaboration de statut juridique pour les exploitations
et les agriculteurs et quelques fois en tenant compte des spécificités
et avec l'élaboration de cartes professionnelles (sécuriser
l'obtention des cartes professionnelles en évitant les
spéculations).
- Assurer la sécurité des biens et des personnes
à travers le foncier rural (acquisition de titres de propriété)
et la couverture sociale
- Face au morcellement des terres il est préconisé,
une meilleure valorisation des produits agricoles, une promotion
des activités génératrices de revenu, une
répartition judicieuse des revenus entre les membres de
l'exploitation et développer entre eux un esprit de concertation
- L'élaboration d'un code rural touchant les différents
secteurs, agriculture, élevage, pêche, forêt,
environnement, mines et autres, qui prend en compte les textes
existants
- Mise en place d'une politique pour faciliter l'accès
au crédit et aux intrants
- Promouvoir une politique d'installation sécurisante
des jeunes et des femmes.
S'ensuivent les recommandations suivantes
:
- La professionnalisation des exploitants à travers les
filières
- Le renforcement de la stratégie d'appui aux femmes à
travers les plateformes multifonctionnelles
Les contraintes relatives au statut des exploitations
familiales agricoles sont liées aux difficultés
d'accès des femmes à la terre, aux problèmes
fonciers, au manque de main d'uvre.
Cependant des propositions ont été
faites et qui peuvent être regroupées comme suit
:
- La primauté à l'exploitation familiale composée
de plusieurs exploitations agricoles au détriment de l'individu
exploitant
- Promouvoir les exploitations collectives au sein de l'exploitation
familiale agricole
- Mettre tout en uvre pour assurer la modernisation des
exploitations familiales en facilitant leur accès au crédit
et au financement, aux subventions.
- Créer un statut juridique pour l'exploitation familiale
agricole tout en assurant sa sécurisation par l'exploitation
de plans de cadastre, la réglementation du statut juridique
- Faire de l'exploitation familiale le socle de l'autosuffisance
alimentaire et du développement rural. Il faut l'affirmer
de façon solennelle.
- Proscrire la servitude et le travail abusif des enfants. Au niveau de l'exploitation communautaire, trois
propositions apparaissent, l'accès au crédit, L'aménagement
de périmètres maraîchers pour les femmes
et les jeunes et leur accès à l'eau par le forage
de puits à grands diamètres. Il est recommandé
que dans l'agriculture, dans la foresterie ou pour les plantations
que la surface minimale soit d'au moins 5ha. Au
niveau de l'entreprise agricole, il faut :
- Promouvoir la création des petites entreprises agricoles
par l'information des associations, coopératives et privés
par rapport aux exonérations fiscales
- Faire de la création des petites entreprises un moyen
de lutte contre l'exode rural et le chômage des jeunes
et dans ces conditions leur faciliter l'obtention des titres
fonciers, concessions rurales et baux à longue durée
- Mettre en place une stratégie d'information, de formation
des entreprises agricoles dans un délai de 2 ans. Les propositions sont regroupées comme suit
en ce qui concerne le statut des personnes physiques :
" Des questions de statuts pour l'exploitation, pour les
actifs notamment les jeunes ruraux et les femmes ainsi que pour
les professions, avec l'acquisition de cartes professionnelles
" Des questions de sécurité notamment : Foncière,
Nombre minimum d'années de service rendu dans les différents
sous/secteurs
" Des questions relatives à la prise en charge de
la santé et à la couverture sociale
" Favoriser et soutenir la création des interprofessions
et les marchés de bétail frontaliers, et éviter
la pratique du métayage.
" Un statut juridique pour les agriculteurs, les éleveurs,
les pêcheurs, les bergers, les exploitants forestiers et
autres.
La protection sociale a fait l'objet de propositions
relatives à la mise en place d'un système de couverture
sociale couvrant les maladies, les risques professionnels, les
accidents de travail, l'allocation de pensions de retraite. Pour
ce faire :
" les prix des médicaments doivent être à
la portée du paysan
" les centres de santé doivent être multipliés
et la carte sanitaire sur un plan géographique doit permettre
un accès facile. Les centres de santé ruraux doivent
être doté d'un personnel qualifié.
" un fonds de solidarité doit être créé
" un régime de sécurité sociale doit
être adopté, notamment la prise en charge gratuite
de certaines maladies de vieillesse et la prise en compte du
cas spécifique des femmes et des jeunes dans le système
de sécurité sociale.
" le cadre de vie doit être assaini par l'information,
la formation et la vulgarisation
" les systèmes de mutualité et d'assurance
doivent être promus
" il faut s'appuyer sur l'Institut National de Prévoyance
sociale (INPS) pour trouver les voies et les moyens afin de prendre
en compte la sécurité sociale du producteur rural
en fonction de ses revenus.
" l'équité par rapport au droit à la
retraite, à l'instar de tous les autres travailleurs salariés
La typologie (les statuts) des exploitations
agricoles doit comprendre : Les Exploitations familiales agricoles,
les Exploitations communautaires et l'entreprise agricole. Concernant
l'exploitation familiale, il pourra être précisé
sa nature juridique, les droits et responsabilités de
ses membres, l'enregistrement auprès des chambres locales
d'agriculture.
Les cartes professionnelles permettront l'accès
aux structures de la profession pour leur organisation, leur
développement, la réalisation d'expériences
pilotes, l'acquisition d'outils de production adaptés,
la modernisation de la profession, la capacité de défense
de la profession.
Il faut également prendre en compte
dans le foncier du cas des villages sans terre par la création
d'Espaces de survie villageois (ESV)
4.4 Concernant le financement de l'agriculture
La politique de financement de l'agriculture malienne contribue
à réduire la dépendance de l'agriculture
à l'égard des financements extérieurs.
Le financement de l'agriculture est assuré
par l'Etat, les collectivités territoriales, les exploitants
agricoles et leurs organisations, le secteur privé, le
secteur financier et les partenaires au développement.
L'Etat alloue 30% du budget national à l'agriculture.
L'Etat finance les investissements majeurs de l'agriculture :
infrastructures et aménagements de base. Il s'engage à
communiquer en toute transparence sur les investissements de
prestige qu'il réalise dans le secteur agricole.
La facilitation de l'accès aux financements
publics et privés pour les producteurs est un objectif
essentiel de la politique de financement de l'agriculture. L'Etat
veille à l'information et à la formation des producteurs
sur les financements afin d'éviter les risques de surendettement.
Il accorde des subventions aux producteurs et aux Organisations
professionnelles pour leurs besoins en formation et en structuration.
L'Etat doit contribuer au financement de l'agriculture
en adaptant la fiscalité aux besoins des producteurs en
impliquant les OP.
Les collectivités territoriales s'occupent
des politiques d'investissement dans l'agriculture à leur
niveau. Elles sont compétentes pour créer une fiscalité
adaptée aux besoins des services publics agricoles dans
les communes, cercles et régions en impliquant les OP.
Le financement des crédits agricoles
est une compétence de l'Etat, des systèmes bancaires,
des institutions financières et des systèmes financiers
décentralisés. L'Etat encourage l'accès
aux crédits agricoles en accordant des facilités
aux institutions de crédit et aux emprunteurs (réassurance
par exemple si les animaux des éleveurs peuvent servir
de garantie bancaire, bonification des taux d'intérêt
qui les ramène à 4%, etc). Il met en place des
fonds de garantie pour faciliter l'accès aux crédits
long terme pour l'installation et l'équipement.
L'Etat encourage et facilite l'installation
des structures de micro-crédit qui ont des services spécifiques
aux productions agricoles.
L'Etat s'engage à adopter des mesures
encourageant la réduction des frais administratifs et
juridiques.
Il peut être crée des fonds autonomes
alimentés par les contributions de l'Etat, des collectivités
territoriales, des OP, des producteurs, des partenaires au développement.
Ils rendent des comptes à chacun de ces acteurs. La gestion
de ces fonds nationaux peut être décentralisée
dans les régions. Ces fonds doivent servir :
" Au financement des services utiles aux producteurs.
" à l'installation des jeunes ruraux (avec une politique
volontariste d'information des jeunes ruraux en collaboration
avec les services spécialisés).
" fonds de déstockage du bétail afin d'éviter
le surpâturage et les méventes
4.5 Concernant les intrants
L'Etat facilite l'approvisionnement en intrants à des
coûts accessibles aux producteurs. Il veille à la
qualité des importations et des exportations par le renforcement
des contrôles de qualité aux douanes.
La libéralisation du secteur est identifiée
comme une contrainte par les concertations. L'Etat doit reprendre
la distribution des intrants et/ou informer les agriculteurs
sur les facilités accordées aux commerçants
en vue de meilleures négociations des prix.
L'Etat encourage la production locale d'intrants.
Il définit une politique semencière avec les chambres
locales d'agriculture. Il appuie la création d'usines
de production d'intrants. Il met en place un programme de recherche
sur les semences hâtives et les anciennes semences.
L'Etat adopte une législation anti-pollution
sur l'utilisation de pesticides et insecticides. Il interdit
l'utilisation des OGM.
L'Etat crée un stock national d'intrants
et un stock national d'aliment bétail afin de prémunir
les producteurs contre la pénurie d'intrants à
l'époque des semailles notamment.
La modernisation et la mécanisation
du monde rural sont des priorités visant à améliorer
la productivité et à augmenter les productions
agricoles.
L'Etat et les collectivités territoriales
encouragent la création d'unités artisanales et
industrielles de fabrication d'équipement et de transformation
des matières premières. Ils mettent en place en
partenariat avec les OP une formation professionnelle continue
des forgerons et artisans.
L'Etat définit des stratégies
de financement telles que la bonification des taux d'intérêts,
la réassurance pour les risques importants, etc., afin
de faciliter l'accès aux équipements, en accordant
une attention particulière aux femmes et aux jeunes. Il
encourage la création de services financiers dédiés
à l'équipement matériel des exploitants.
L'Etat a une politique de désengagement
dans le secteur, mais il pourrait mettre en place des politiques
incitatives (fiscales, foncières, etc) pour l'installation
d'opérateurs privés ou d'organisations paysannes
dans ces secteurs.
4.6 Concernant la maîtrise de l'eau
La maîtrise de l'eau conditionne le développement
du monde rural. Non seulement elle est source de vie et doit
permettre l'autosuffisance alimentaire, mais elle génère
l'intégralité des activités du monde rural
: cultures, élevage et pâturages, pêche, transports.
La maîtrise de l'eau met fin à tous les conflits.
Etant donné les difficultés
que connaît le Mali dans ce domaine (faible pluviométrie,
sécheresses fréquentes, désertification...),
la maîtrise de l'eau doit être totale.
La maîtrise de l'eau permet la modernisation
des milieux ruraux par l'électrification rurale et l'hydraulique
villageoise. La maîtrise de l'eau permet de dynamiser les
milieux ruraux et jugulera l'exode rural.
Mettre en valeur les ressources hydrauliques
signifie prendre en compte toutes les eaux utilisables (les nombreux
fleuves et cours d'eau, leurs crues, les mares, lacs, étangs,
eaux souterraines, pluies, oasis...) après avoir préalablement
procédé à l'étude des phénomènes
hydrogéologiques constituant des obstacles à la
maîtrise totale de l'eau (évaporation...).
La mise en valeur des ressources hydrauliques
doit se concrétiser par :
" l'utilisation des ressources naturelles telles que le
vent et le soleil pour réaliser les forages qui permettront
la mise en valeur des eaux souterraines
" l'utilisation de variétés adaptées
à la faible pluviométrie
" une multiplication des aménagements hydrauliques
qui contribueront à atteindre les objectifs d'autosuffisance
alimentaire et de réduction de l'exode rural
" la sauvegarde des zones fragilisées (oasis) et
la multiplication des points d'eau dans le désert
" la mise en eau des lacs grâce à des moyens
d'exhaure performants
" le réaménagement des infrastructures existantes
(étangs piscicoles...) qui seront remis aux communautés
bénéficiaires
" l'implication et la participation de tous les acteurs
: collectivités territoriales, Etat, ONG, OP
L'insuffisance des aménagements hydrauliques
est une entrave au développement du monde rural.
Tout aménagement sera précédé
d'une étape préalable à plusieurs phases
: identification des sites de l'aménagement ; identification
des bénéficiaires de l'aménagement ; études
de faisabilité et prospection ; recherche de financement.
Les efforts des intervenants sont conjugués au cours de
ces phases successives : OP, producteurs, Etat, services techniques,
collectivités territoriales, ONG
Les aménagements permettent :
" l'irrigation de l'agriculture malienne et la diversification
des cultures (riziculture, maraîchage...)
" l'aménagement de points d'eau pour les animaux
et la gestion des pâturages
" Le développement de la pisciculture
" l'électrification
" le stockage de l'eau en profondeur (jusqu'à 500
à 600 m)
" une meilleure utilisation des fleuves Niger et Sénégal
comme infrastructures de transport
" le développement d'activités génératrices
de revenus à destination des femmes et des jeunes principalement,
et l'arrosage des jardins de groupements féminins
En conséquence l'Etat, les partenaires
au développement doivent répondre aux besoins du
monde rural en matière d'aménagements. Les subventions
s'élèveront au maximum à 90% en ce qui concerne
les forages et les puits. La durée des travaux prendra
jusqu'à cinq ans en ce qui concerne l'irrigation et le
drainage le long du fleuve Niger et Sénégal.
Les besoins du monde rural en aménagements
sont :
" l'accélération et la réalisation
des grands chantiers : seuil de Talo, barrage de Taoussa, de
Tossaye.
" des digues, micro-barrages et retenues d'eau
" des canaux d'irrigation
" des forages et puits à grands diamètres,
ainsi que des motopompes pour l'irrigation d'appoint
" des bas-fonds
" des mares, marigots, étangs et points d'eau pour
les animaux
" leur surcreusement pour la récupération
des eaux de pluies
" des submersions contrôlées
" des périmètres irrigués villageois
(PIV)
" des plaines
" des quais sur les ports du Niger et Sénégal
" des bassins souterrains pour le stockage de l'eau
La maîtrise de l'eau nécessite
une gestion durable et une protection des ressources hydrauliques.
C'est la condition d'un accès équitable des acteurs
du monde rural aux ressources hydrauliques.
Certaines règles président à
l'exploitation de ces ressources. Il s'agit du code de l'eau
qui sera réactualisé et à l'application
duquel l'Etat veillera. L'Etat prendra des mesures réglementaires
sur la pollution des eaux de surface.
L'Etat en partenariat avec les collectivités
territoriales et la profession agricole, élabore dans
un délai de un an la politique nationale de maîtrise
de l'eau qui répond aux principes de responsabilisation
des acteurs, d'appropriation du processus d'identification, de
mise en place et de gestion des investissements par les bénéficiaire,
de la maîtrise totale de l'eau et de la gestion optimale
et durable des aménagements.
La gestion des ressources hydrauliques et
leur entretien doivent impliquer tous les acteurs intervenant
dans le monde rural. C'est la condition qui permettra de déblayer
les fleuves des parties sablonneuses, de limiter l'invasion de
la jacinthe d'eau, etc.
Au niveau local, elle fera l'objet de conventions
de gestion locale entre les OP, l'Etat, les Collectivités
territoriales, et les ONG. Ces conventions réglementent
l'utilisation de l'eau et des points d'eau, déterminent
les lieux de pêche, réglementent l'entrée
dans les bourgoutières, établissent des distances
à observer entre les champs et les cours d'eau, veillent
à la bonne gestion des barrages, notamment à la
libération de l'eau pour permettre le passage du poisson.
Au niveau sous régional approfondir
le partage de la gestion des fleuves entre Etats de la sous-région
organisés au sein de l'Autorité du Bassin du Niger
et de l'Organisation de la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal.
La gestion des ressources hydrauliques pourra
nécessiter la création d'organes de gestions particuliers
ou le renforcement des capacités de ceux qui existent
actuellement. Le cadre juridique de la gestion des ressources
hydrauliques fera sa place à la gestion traditionnelle
de ces ressources.
4.7 Concernant la gestion des ressources naturelles
Les orientations définies par l'Etat et les collectivités
territoriales en matière de politique agricole ou d'aménagements
du monde rural privilégient la gestion durable des ressources
naturelles et la protection de la diversité des écosystèmes
du Mali, en conformité avec les engagements internationaux
auxquels l'Etat a souscrit.
Le cadre de la gestion durable des ressources
naturelles est celui de la décentralisation, et plus particulièrement
celui de l'intercommunalité. Il relève de la responsabilité
de l'Etat et des collectivités territoriales de sensibiliser
et responsabiliser les acteurs du monde rural à la protection
et la gestion durable des ressources naturelles. L'Etat veille
à l'application des codes et règlements nationaux
qui participent de cette stratégie de gestion durable
des ressources naturelles.
Des comités de gestion intervillageois
élaborent des conventions locales de gestion des ressources
naturelles reconnues par l'Etat et veillent avec les agents de
l'administration et des représentants des ONG à
leur application.
L'élaboration des conventions locales
de gestion des ressources naturelles implique l'ensemble des
acteurs du monde rural; exploitants, propriétaires, autorités
administratives et traditionnelles, ainsi que les ONG.
L'Etat appuie la recherche environnementale
et sanctionne les unités de productions qui ne respectent
pas les règles établies. Il se déclare conscient
des potentialités écotouristiques du pays et de
la dynamisation de l'économie malienne qui peut résulter
de la préservation des ressources naturelles.
4.8 Concernant les ressources forestières
et fauniques
Les forêts et la faune constituent des richesses naturelles
et sont à ce titre partie intégrante du patrimoine
national. Le respect de la biodiversité et sa conservation
sont un devoir pour tout citoyen.
L'Etat est le principal garant de la préservation
des ressources forestières et fauniques. Il veille à
la responsabilisation des acteurs en assurant une politique d'information
sur les réglementations en vigueur. Il décide de
la création de réserves naturelles et de forêts
classées.
L'Etat procède à une révision
du Code forestier qui prenne en compte les occupations des producteurs,
veille à sécuriser la profession d'exploitant forestier,
de producteur de charbon et de bois, et protège les plantations
privées et communautaires.
L'Etat tient à jour un inventaire des
espèces menacées et devant le risque de disparition
mène une politique d'ensemencement de ces espèces
et crée des parcs zoologiques.
L'exploitation économique des forêts
et leur mise en concession sont pratiquées hors des forêts
classées. Des espèces utilitaires importées
sont introduites spécialement pour l'exploitation.
L'Etat exerce sa responsabilité à
travers les services techniques en charge du contrôle des
forêts et de la faune. Il s'engage à accentuer la
lutte contre le braconnage.
Les collectivités territoriales, appuyées
par l'Etat, prennent en charge la régénération
naturelle et artificielle des forêts.
Il oriente son action vers la décentralisation
progressive de la gestion des ressources forestières et
fauniques en encourageant la gestion intercommunale de ces ressources
dans le cadre de conventions locales reconnues par lui.
Ces conventions sont l'instrument le plus
approprié pour prendre en compte les différents
aspects de la gestion de ce patrimoine au niveau local. Elles
font sa place à la gestion traditionnelle.
4.9 Concernant la production animale
La politique de développement des productions animales
cherche à promouvoir toutes les productions animales locales,
sous-produits et compris, en vue de valoriser au mieux l'ensemble
des productions et leur commercialisation, principalement vers
les marchés de la sous-région.
L'Etat, les collectivités territoriales
en partenariat avec les organisations d'éleveurs et les
filières agricoles doit orienter son intervention vers
la recherche d'une compétitivité accrue des productions
animales maliennes sur le marché et de la rentabilité
de ces productions.
Pour ce faire, il faut :
" Créer des schémas directeurs d'aménagement
du territoire qui limitent ou favorisent (à adapter selon
les régions) l'élevage extensif, et mettre en place
un calendrier des transhumances
" Moderniser avec l'appui des partenaires (Banques, SDC,
ONG, OP, collectivités, AIRBVI
) les systèmes
de production et les unités de transformations des produits
de l'élevage (chambres froides, abattoirs, parcs modernes,
couveuses
)
" Encourager la création d'institutions financières
à même de supporter les risques que constituent
les activités d'élevage que les banques traditionnelles
ne prennent pas, les animaux constituant alors la principale
garantie bancaire.
" Créer un fonds de déstockage du bétail
âgé pour éviter le surpâturage.
" Former les éleveurs
" Recenser et identifier tous les animaux sur le territoire
du pays par des documents officiels internationaux
La coexistence et la bonne entente entre éleveurs
et entre éleveurs et agriculteurs doivent être une
priorité. Les aménagements hydrauliques (forages,
puits, bas-fonds
) constituent un des éléments
clés dans la réalisation de cet objectif et diminueront
les conflits. La réglementation des transhumances, l'aménagement
des pistes rurales et le développement des clôtures
doivent être les outils permettant de pacifier ces relations
en évitant les divagations.
Afin de permettre un développement
optimal des productions animales il convient de sécuriser
les animaux, particulièrement lors des transhumances et
des exportations. Les collectivités territoriales veilleront
à cette sécurisation en encourageant au besoin
la création de brigades sécuritaires contre les
vols.
L'Etat veillera par ailleurs au respect des
accords internationaux régissant la commercialisation
du bétail et transfrontaliers délimitant les zones
de pâturages entre pays de la sous-région. Il veillera
d'autre part à la bonne application de la charte pastorale.
La santé animale est une condition
sine qua non du développement des productions animales.
La lutte contre les maladies (épizooties, pestes aviaires
)
ne peut se faire que par un développement des services
vétérinaires, la création d'infrastructures
appropriées (cliniques vétérinaires) et
la vaccination à grande échelle du cheptel malien.
Il faut assurer la couverture sanitaire animale, surtout là
où les mandataires ne vont pas.
La préservation de l'environnement
dans lequel évoluent les animaux est nécessaire
(traitement médical des bourgoutières
) à
leur bonne santé, de même que le suivi des risques
qui doit se traduire par une multiplication des missions du SAP.
Il convient par ailleurs de créer les conditions d'exploitation
des terres salées.
L'alimentation des animaux est un aspect essentiel
de la valorisation et du développement des productions
animales. La fabrication locale d'aliments complémentaires
de qualité sera encouragée et les points de vente
multipliés. Les banques d'aliment bétail et stocks
de fourrage ainsi constitués sont gérés
par les éleveurs. Des périmètres pastoraux
doivent être consacrés aux cultures fourragères.
La recherche génétique et le
développement des techniques d'insémination artificielle
sont une priorité de l'Etat qui cherche à améliorer
les races locales et à préserver les espèces
menacées.
La priorité donnée à
la modernisation de l'élevage fait la place aux systèmes
traditionnels tels la transhumance dans le respect de la charge
des parcours naturels et des coexistences entre les différents
exploitants.
4.10 Concernant les productions halieutiques
La politique de développement des productions halieutiques
cherche à rendre disponible à tout moment les productions
halieutiques sur le marché.
Une bonne maîtrise de l'eau assure rentabilité
et durabilité des productions. Le respect des réglementations
(code de la pêche...) contribue à assurer un développement
pérenne des productions halieutiques en veillant à
la survie et à la reproduction des espèces. Les
autorités compétentes (Etat, collectivités
territoriales) veilleront à réprimer les comportements
inciviques (barrages sauvages dans les zones de ponte, capture
de poisson non maturés par l'utilisation de filets à
maille fine).
Le développement de la pisciculture
est une étape essentielle du développement des
productions halieutiques. La formation des communautés
(pêcheurs) sur les techniques de pisciculture doit être
une priorité.
Des modalités d'aménagements
halieutiques doivent être définies de concert avec
les communautés et les organisations professionnelles
qui seront les bénéficiaires et gestionnaires des
aménagements de digues, barrages, étangs, pêcheries...ainsi
réalisés, ainsi qu'avec les partenaires au développement.
Les modalités d'aménagement des étangs,
la construction des écloseries, la production des alevins,
seront réglementées par décret pris en Conseil
des ministres. Dans les localités la gestion des aménagements
halieutiques et la réhabilitation des aménagements
existants font l'objet de conventions locales et de création
de réserves de pêche.
L'Etat et ses partenaires procèdent
à des aménagements d'envergure en ce qui concerne
les ports de pêche en milieux rural et urbain.
Le développement des productions halieutiques
veille à l'organisation de la filière halieutique,
depuis la garantie d'approvisionnement en équipement et
matières premières (bois pour les pirogues) de
qualité jusqu'à la modernisation des moyens de
conservation et de stockage des productions et l'organisation
des marchés. (L'Etat veille au contrôle des prix.)
La recherche halieutique visant à l'amélioration
des espèces est encouragée. Les programmes de recherche
veillent également à la bonne santé animale.
L'Etat, à travers des programmes de recherche, procède
à des évaluations périodiques des ressources
halieutiques en valorisant les connaissances empiriques des exploitants
agricoles dans le sous-secteur pêche.
L'Etat, les collectivités territoriales
et les partenaires au développement contribuent au renforcement
des capacités des structures sanitaires et des pharmacies
halieutiques.
La préservation du milieu dans lequel
évoluent les espèces est primordiale. La lutte
contre la pollution et les espèces invasives (jacinthe
d'eau) doit faire l'objet de mesures appropriées. Les
autorités veillent à l'instauration de mesures
réglementaires sur la pollution des eaux de surface.
4.11 Concernant l'organisation des filières
La politique de développement des filières doit
d'abord privilégier les besoins locaux, tant dans la production,
la transformation, la commercialisation des produits, que dans
l'approvisionnement des marchés régionaux et nationaux
ainsi que la satisfaction des consommateurs maliens. Les marchés
sous-régionaux seront également considérés
avant les autres marchés internationaux.
Une filière agricole regroupe l'ensemble
des activités agricoles et péri-agricoles relatives
à une production spécifique. Elle a pour vocation
de dynamiser les activités économiques liées
à la production, la transformation et la commercialisation
d'un produit agricole.
Les activités concernées par
une filière agricole sont :
" la production agricole elle-même
" la recherche et la vulgarisation permettant d'améliorer
cette production
" L'approvisionnement en intrants et la production locale
d'intrants
" Les équipements nécessaires à la
production
" la collecte de la production (transport, stockage)
" La transformation de la production (industrie, artisanat,
transformation de base et produits dérivés)
" La commercialisation de la production (transformée
ou non, pour les marchés locaux, nationaux, sous-régionaux
et internationaux) et l'équipement des marchés,
" La promotion et la mise en valeur des produits (études
de marchés, intervention visant à l'amélioration
des cours,)
" Les services financiers (banques, institutions de micro-finance,
fonds).
" L'information aux consommateurs
Un exploitant agricole, un opérateur
privé, une organisation paysanne, ou tout autre acteur
peut participer à plusieurs filières selon ses
différentes productions ou activités.
Il peut y avoir plusieurs regroupements d'acteurs
sur une même filière ou un même produit. Ces
regroupements sont organisés sous forme de coopératives
permettant de concilier à la fois les intérêts
économiques de ses membres et leur représentativité.
Il s'agit de la forme jugée la plus appropriée
pour le dynamisme économique d'une filière par
son efficacité et sa durabilité.
Peuvent être membres d'une organisation
de filière, les producteurs ou organisations de producteurs,
les opérateurs économiques ou groupes d'opérateurs
impliqués dans la production, l'achat ou la distribution
d'intrants et d'équipements, les organisations de conservation,
transformation, conditionnement et commercialisation des produits,
les services d'appui (conseil, recherche, promotion, financement)
et les organisations de consommateurs.
L'adhésion à une organisation
de filière est libre et volontaire. Les décisions
se prennent par un système combiné permettant de
prendre en compte le poids économique (chiffre d'affaires)
ainsi que le caractère représentatif (nombre de
membres représentés). Les décisions s'appliquent
aux membres qui y ont adhéré. Une attention particulière
est toutefois accordée à l'information des autres
acteurs directs et indirects, ainsi qu'aux consommateurs et populations.
La structuration d'une organisation de filière
dépend de la complexité du produit ou du circuit
commercial. Il est toutefois préconisé plusieurs
niveaux, du village (coopératives), à la commune
ou la région (unions), au niveau national (fédération
ayant des activités de représentations et des activités
économiques). Il est aussi recommandé de formaliser
les relations de travail entre les acteurs par un système
de contractualisation.
Le rôle des organisations de filières
est de :
" Développer des productions de qualité par
la définition de normes, l'identification et la promotion
des productions conformes, de techniques appropriées
" Promouvoir la filière par des manifestations publiques
et toutes formes de marketing
" Favoriser les regroupements commerciaux et consolider
les capacités de négociation des membres vis-à-vis
de l'environnement
" Négocier et stabiliser les cours des échanges
entre les membres de la filière
Les organisations de filières peuvent
recevoir l'appui technique et financier de l'Etat ou des partenaires
au développement, toutefois elles devront être organisées
de manière efficace et durable. Elles devront être
supportées principalement par l'implication et le dynamisme
économique de ses membres. Les ressources peuvent provenir
de subventions ou dons de partenaire, de cotisations de ses membres
ou d'activités économiques (marge sur les produits,
prestations).
Une "Agence Nationale de Promotion des
Filières Agricoles" est mise en place sous la forme
d'une organisation mixte (Etat, acteurs) et comporte une assemblée
générale, une structure technique et un comité
de surveillance. Les parties prenantes de l'Agence sont les organisations
de filières associées, les organisations paysannes
nationales, les organisations de consommateurs, les chambres
consulaires (APCAM, CCIM, APCMM), ainsi que l'Etat. Les décisions
sont prises le plus possible au droit de vote selon le nombre
d'actions (poids économique); leur caractère représentatif
étant déjà assuré par leur qualité
de membres. Les organisations de consommateurs jouent le rôle
d'exigence de normes de qualité et d'accessibilité.
Des commissions et sous-commissions de travail
peuvent être créées pour des filières
ou regroupements de filières. Une commission devra se
consacrer à la promotion et à l'appui aux filières
nouvelles ou émergentes.
Le fonctionnement de ces commissions et de
l'Agence devra être efficace, flexible, et transparent.
Il sera conçu pour être durable et soutenable, reposant
principalement sur des ressources financières locales
(Etat, acteurs). Les résultats, les activités,
et la gestion de l'Agence devront être transparents; tout
membre pourra avoir accès aux rapports, résultats
financiers, informations et analyses produites, etc. Les ressources
de l'Agence peuvent provenir de dons ou subventions, de prestations
de services, cotisations de ses membres ou affiliés, de
taxes perçues sur les échanges commerciaux qu'elle
favorise. Les rôles et responsabilités de chaque
acteur, ainsi que leurs relations de travail, devront être
clairement définis et communiqués à tous
les acteurs.
Le rôle premier de l'Agence est le développement
des filières agricoles et le soutien aux acteurs. Elle
est chargée de
" Suggérer et promouvoir les actions politiques,
législatives et de développement favorisant le
dynamisme des filières.
" Diffuser l'information sur les opportunités de
développement des marchés, les moyens techniques
ou financiers disponibles, les exigences techniques, les facteurs
de production.
" Produire et diffuser des références, résultats
et bénéfices, données stratégies,
analyses sur les filières. (toujours prévoir une
information synthétique et accessible pour les acteurs
à la base de la filière).
" Favoriser les rapprochements et les cadres de concertations
entre les filières pour l'échange d'information,
la multiplication des opportunités et la capitalisation
des expériences positives
" Appuyer la mise en place ou le renforcement de maillons
faibles ou manquants au sein des différentes filières.
" Encourager les initiatives nouvelles des acteurs du secteur
" Effectuer le suivi et la validation des certifications
(normes et labels) développés par les organisations
de filières.
" Gérer le Fonds national de promotion des filières
agricoles
Un fonds national de promotion des filières
agricoles est crée. Ce fonds permet de supporter un fonds
de roulement pour les filières, un fonds pour l'appui
aux filières nouvelles ou émergentes, ainsi qu'un
fonds pour faciliter l'établissement d'acteurs économiques
nationaux dans les créneaux où leurs implications
font défaut. Les conditions d'accès au financement
ainsi que les règles de gestion et les résultats
doivent être communiqués à tous les acteurs
et partenaires impliqués, aux services techniques appropriés,
aux collectivités territoriales. L'information aux citoyens
sera également privilégiée. Le fonds ne
doit pas prendre en compte les charges liées au fonctionnement
de la structure.
L'Etat doit jouer son rôle de garant
de l'ensemble du système socio-économique "en
réprimant les opérateurs économiques fraudeurs,
les agents de l'Etat corrompus et les responsables paysans corrompus".
Les organisations de filières, les organisations paysannes,
et autres acteurs du secteur apporteront leur concours en promulguant
et appliquant des règles de fonctionnement claires, équitables
et transparentes.
Il est souhaitable de faire une distinction
entre le concept filière et le concept profession/interprofession.
Les activités des filières sont verticales et par
conséquent regroupent des ressources et/ou des exploitations
n'étant pas forcément du même secteur (agriculture,
artisanat, commerce), de même source de droit (droit civil,
droit commercial)., ne partageant pas forcément les mêmes
intérêts. Des décisions communes sont rares.
La filière est une organisation verticale. Les professions
et inter-professions aboutissent à un développement
horizontal (associations, coopératives, unions, fédérations
et confédérations).
4.12 Concernant la prévention et de
la gestion des risques agricoles et des calamités
L'Etat reconnaît les situations de pénuries et décrète
les situations d'urgence qui permettent le recours à des
mesures appropriées. distribution gratuite, subvention
des importations (suspension temporaire de la TVA), appel à
l'aide international, suivi des mesures d'urgence.
Dans le cadre du système d'alerte précoce
(SAP) auquel il participe, l'Etat agit de concert avec d'autres
partenaires qui sont autant de sources d'information à
prendre en compte : partenaires au développement, collectivités
territoriales, organisations professionnelles, médias.
Comme pour le suivi des risques de pénurie alimentaire,
le SAP suit les cycles de reproduction des déprédateurs
et veille à la diffusion de l'information auprès
des exploitants.
Au niveau des collectivités territoriales
et des organisations professionnelles agricoles, il est opportun
de créer des banques de céréales et des
réserves de produits non périssables. Ces structures
sont autonomes mais doivent rendre des comptes aux collectivités
territoriales, OPA, agents de l'Etat, et suivre les injonctions
de ce dernier lors des cas de pénurie reconnus. Il est
du ressort des collectivités territoriales de mettre en
place des brigades de vigilance contre les calamités dans
les localités.
En zone CMDT, pour la garantie de la sécurité
alimentaire, il est important d'envisager des dispositions pour
que les paysans ne bradent pas leurs céréales lorsque
le coton n'est pas payé en temps voulu.
Un stock national de sécurité
est constitué. Le stock national de sécurité
doit être décentralisé au niveau régional,
et local. Les règles de fonctionnement et d'utilisation
du stock national de sécurité sont définies
rapidement et rendues publiques.
Un programme national de lutte contre les
déprédateurs est mis en place. Il comprend notamment
un programme de formation à destination des exploitants
sur la gestion des déprédateurs et les techniques
de lutte. Il comporte un volet de recherche sur ces moyens de
lutte et des programmes d'étude de déprédateurs
spécifiques : le criquet pèlerin, la chenille avorteuse,
le poisson rhizophage et les oiseaux granivores.
Il est crée un fonds permanent d'aide
aux victimes de calamités, prévu dans le budget
national. Ce fonds est alimenté par les contributions
des populations, des collectivités territoriales et de
l'Etat.
L'Etat encourage le développement de
l'assurance privée et mutualiste par plusieurs moyens
: subventions, réassurances, bonification des cotisations
d'assurances. Il bénéficie de l'appui des OP faîtières
qui se chargent de diffuser l'information sur le fonctionnement
des agences d'assurance auprès des exploitants.
4.13 Concernant la recherche et du conseil
agricole
" Que le financement de la recherche soit pérenne
et élargi à l'ensemble du territoire national.
" Que la recherche prenne en compte toutes les préoccupations
et contraintes pour orienter et conduire des projets de recherche
à la demande.
" Que les résultats de la recherche puissent être
utilisés, diffusés et restitués à
grande échelle par les OPA et les producteurs.
" Que la recherche agronomique conduise des thèmes
intéressants l'ensemble des secteurs dans la recherche
appliquée (exemple : la chenille avorteuse qui concerne
l'élevage, la production végétale...)
" Que le transfert des paquets de la recherche soit vulgarisé
et que leur utilisation soit rendue obligatoire.
4.14 Concernant les organisations professionnelles
agricoles
Les exploitants agricoles peuvent se regrouper au sein d'Organisations
Professionnelles Agricoles. Les Organisations Professionnelles
Agricoles s'organisent librement conformément à
la loi et recherchent des stratégies d'autofinancement.
Les Organisations Professionnelles Agricoles participent à
l'élaboration, l'exécution et l'évaluation
des politiques et programmes d'intervention dans leurs domaines
de compétences. Elles font valoir les intérêts
de leurs membres dans les travaux de groupe à tous les
niveaux et sont consultées dans tous les programmes d'aménagement
du territoire mis en oeuvre par l'Etat et les collectivités
territoriales. Le statut coopératif sera privilégié
pour la constitution des OP.
Les concertations souhaitent l'institutionnalisation
d'un cadre de collaboration entre OPA, Etat et partenaires :
" Les OP programment leurs activités, participent
à leur financement, exécution, suivi et évaluation.
" L'Etat sensibilise les professions sur l'importance des
OP, particulièrement les faîtières et fédérations,
crée le cadre institutionnel pour les accords de partenariat,
assure un appui technique éventuel aux OPA à travers
les services techniques, mène des activités de
suivi/évaluation, et crée les conditions favorisant
l'installation d'une banque spécialisée pour les
OPA.
" Les partenaires assurent la formation technique, le financement
des activités et mènent des activités de
suivi/évaluation.
Les organisations faîtières ont
pour objectif d'assurer l'information des organisations membres
dans les localités ou les régions. Elles doivent
être représentatives des organisations membres qui
les composent.
Les organisations interprofessionnelles de
filière favorisent le développement horizontal
des activités de leur filière en assurant la coordination
des activités et des partenariats.
4.15 Concernant les questions institutionnelles
Le Conseil Supérieur de l'Agriculture doit être
une institution de l'Etat en relation étroite avec les
collectivités territoriales, les chambres, la CNOP et
ses démembrements au niveau des régions, et les
autres institutions nationales et internationales. Le CSA a pour
mission l'orientation, le suivi et l'évaluation des actions
de développement agricole. Le CSA est composé à
hauteur de 80% des producteurs, conformément aux poids
des ruraux dans la démographie, et à hauteur de
20% des services techniques, collectivités territoriales,
ministères en charge du développement rural, ONG,
et représentants de la société civile au
niveau national. Le CSA tiendra deux sessions annuelles. Les
démembrements seront installés au niveau régional,
local et communal. Son financement est assuré par l'Etat,
les collectivités territoriales, les partenaires au développement
et les producteurs.
La Chambre d'Agriculture est un établissement
public à caractère professionnel doté de
la personnalité morale et de l'autonomie financière.
Sa mission est une mission de représentativité,
d'appui conseil, de suivi et d'évaluation. Les fonctions
attribuées à la Chambre d'Agriculture doivent être
revues, particulièrement la représentativité
au profit d'un cadre national regroupant toutes les faîtières.
(CSA, CNOP)
5 Avant projet de LOA proposé par les concertations paysannes
Cet avant-projet a été réalisé
lors de la synthèse nationale paysanne. Il est destiné
à servir de référence pour la rédaction
d'une proposition élaborée avec une commission
de rédaction composée de représentants de
différents services et départements du Gouvernement,
ainsi que des représentants de la CNOP. Le résultat
de cette commission de rédaction, un avant-projet de LOA
consensuel, sera présenté lors de l'atelier national
de validation le 16, 17 et 18 septembre 2005.
PROPOSITIONS PAYSANNES ISSUES DE L'ATELIER
NATIONAL DE SYNTHESE
SEGOU, LES 12, 13 ET 14 SEPTEMBRE 2005
TITRE I : DES DISPOSITIONS GENERALES
Article 1. La présente loi a pour objet
de fixer les grandes orientations de la politique de développement
agricole du Mali.
La politique de développement agricole
du Mali a pour but de promouvoir une agriculture moderne, durable
et compétitive reposant, en premier lieu sur les exploitations
familiales agricoles multifonctionnelles, multidimensionnelles,
reconnues, sécurisées et capable de :
" garantir la souveraineté alimentaire
" assurer en priorité aux exploitations familiales
agricoles un niveau de revenus et un cadre de vie décent
leur permettant de faire face à leurs besoins d'alimentation,
d'habitation, de santé, d'éducation et de loisirs
" préserver et de valoriser le potentiel agro-écologique
et les savoir-faire agricoles du pays
" servir de moteur à l'économie nationale
" favoriser la cohésion sociale nationale et l'intégration
sous-régionale
La stratégie de développement
agricole s'appuie sur la promotion volontariste de la modernisation
de l'exploitation familiale agricole et sur l'émergence
d'un secteur agro-industriel structuré.
Cette stratégie est intégrée
dans l'économie sous-régionale et mise en uvre
à travers la concertation entre l'Etat, ses démembrements
et tous les acteurs du monde rural, notamment les Organisations
Professionnelles Agricoles, Pastorales, Halieutiques et Forestières.
Article 2. La Loi d'Orientation Agricole couvre
l'ensemble des activités économiques, sociales
et environnementales du secteur agricole et péri-agricole,
notamment l'agriculture, l'élevage, la pêche, la
pisciculture, l'aquaculture, la foresterie, l'apiculture, la
cueillette, la transformation, le transport, le commerce, la
distribution et d'autres services agricoles. Les politiques développées
dans ces différents domaines d'activités participent
de la politique de développement agricole dont elles sont
parties intégrante.
La présente loi prend en compte les
orientations des politiques nationales de décentralisation
et de réduction de la pauvreté ainsi que les engagements
sous régionaux et internationaux auxquels la République
du Mali a souscrit.
Article 3. La politique de développement
agricole intègre les diversités agro-écologiques
et la situation spécifique de chaque région du
pays afin de déterminer les moyens à mettre en
uvre pour réaliser les objectifs visés au
chapitre III du titre I de la présente loi.
Article 4. L'Etat, les collectivités
territoriales, les établissements publics à vocation
agricole, les exploitants agricoles leurs unions, leurs fédérations,
leurs confédérations, les associations, les fondations,
les mutuelles, les institutions de financement, les coopératives,
les syndicats, les organisations interprofessionnelles et les
organisations de la société civile d'intérêt
agricole, concourent à l'élaboration, la mise en
uvre et l'évaluation concertées de la politique
de développement agricole dans les conditions fixées
par les dispositions de la présente loi et par celles
des lois et règlements en vigueur.
Chapitre I : Des Définitions
(ce chapitre a été supprimé par commodité).
Chapitre II : Des Principes
Article 6. La politique de développement
agricole est basée sur les principes suivants :
" le droit à la souveraineté alimentaire :
" la responsabilisation de l'Etat, des collectivités
territoriales, des organisations professionnelles agricoles,
des exploitants agricoles et de la société civile
avec une clarification des rôles et responsabilités,
" l'équité sociale entre les villes et les
campagnes
" la solidarité nationale,
" le partenariat entre tous les acteurs,
" la subsidiarité,
" l'efficacité économique
" la durabilité environnementale
Chapitre III : Des Objectifs
Article 7. La politique de développement
agricole a pour objectifs :
" la souveraineté et la sécurité alimentaires
du pays par la modernisation de l'agriculture familiale, le développement
de l'agro-industrie et l'augmentation durable de la production
et de la productivité agricoles ;
" la reconnaissance des professions agricoles et la protection
des exploitations familiales agricoles contre la concurrence
déloyale ou non soutenable sur les marchés national,
sous-régional et international ;
" la réduction de la pauvreté et de la vulnérabilité
rurales grâce à l'accès aux ressources productives,
l'amélioration des revenus des producteurs, la protection
des exploitants et du personnel agricoles contre les risques
agricoles, climatiques, économiques, sociaux, environnementaux
et sanitaires ;
" l'amélioration du cadre et des conditions de vie
en milieu rural par l'accès aux infrastructures sociales
de base et par l'aménagement agricole équilibré
et cohérent du territoire ;
" la protection de l'environnement, la valorisation et la
gestion durable des ressources naturelles ;
" l'organisation et la structuration de la profession agricole
;
" La production de produits exportables et la conquête
de marchés ;
" L'augmentation de la contribution du secteur rural à
la croissance économique.
TITRE II : DE L'ORGANISATION DU SYSTEME AGRICOLE
Chapitre I : Des Exploitations et Exploitants
agricoles
Article 8. Les exploitations et les exploitants
agricoles sont reconnus et sécurisés.
Article 9. Les exploitations agricoles sont
classées selon les catégories suivantes : l'exploitation
agricole familiale, l'entreprise agricole, et l'exploitation
communautaire agricole et exploitation agricole de droit civil.
Un décret pris en Conseil des Ministres précise
les statuts, les modalités d'enregistrement
Article 10. L'exploitation agricole familiale
est une unité de production constituée d'un ou
de plusieurs membres unis librement sur la base de liens de parenté
ou des us et coutumes et exploitant en commun les facteurs de
production en vue de générer des ressources sous
la direction d'un des membres, désigné chef d'exploitation,
qu'il soit de sexe masculin ou féminin.
Le chef d'exploitation assure la maîtrise
d'oeuvre et veille à l'exploitation optimale des facteurs
de production. Il exerce cette activité à titre
principal et représente l'exploitation dans tous les actes
de la vie civile.
Article 11. Le Chef d'exploitation agricole
est une personne physique exerçant une activité
agricole à titre principal, seule ou dans le cadre d'une
entreprise à caractère agricole. Les membres de
la famille qui travaillent, à titre principal, au sein
d'une exploitation agricole familiale sont considérés
comme exploitants agricoles.
Article 12. Les membres de la famille, associés,
qu'ils soient de sexe masculin ou féminin, ont droit à
une part des revenus de l'exploitation agricole.
Article 13. Les exploitations agricoles familiales
sont sans frais déclarées auprès des collectivités
locales et immatriculées dans les mêmes conditions
auprès des Chambres d'Agriculture sur le registre prévu
à cet effet.
Article 14. L'exploitation agricole familiale
peut employer des salariés qui sont régis par les
dispositions définies par une convention collective particulière
à l'agriculture.
Article 15. L'âge minimum requis pour
travailler en tant que salarié dans une exploitation agricole
familiale est de 14 ans révolus.
Cette disposition ne s'applique pas pour les formes d'apprentissage
au sein de l'exploitation familiale agricole
Article 16. L'entreprise agricole est une
exploitation agricole gérée à titre individuel
ou en société à capitaux et dont la main
d'uvre est salariée et régie par le code
du travail et les conventions collectives en vigueur.
Article 17. Les entreprises agricoles sont immatriculées
auprès des Chambres d'Agriculture sur le registre prévu
à cet effet, et déclarées auprès
des services compétents de l'Etat dans les conditions
définies par la réglementation en vigueur.
Article 18. Outre sa fonction économique,
l'exploitation agricole, qu'elle soit familiale ou commerciale
doit contribuer à la bonne gestion des ressources naturelles,
à la protection de l'environnement et à l'aménagement
équilibré du territoire, et est, en cas de défaut,
passible de sanction dans les conditions définies par
la réglementation en vigueur.
Article 19. L'Etat et les collectivités
territoriales peuvent, dans le cadre de contrats de conservation
et de bonne gestion des ressources naturelles, accorder des subventions
ou appuis aux exploitations agricoles. Les engagements dans ces
domaines sont consignés dans un cahier des charges dûment
signé par le chef d'exploitation.
Article 20. L'Etat favorise l'installation
des jeunes et des femmes comme exploitants agricoles, notamment
en favorisant leur accès à la terre et par des
mécanismes d'appuis techniques et/ou financiers particuliers.
Article 21. Un décret pris en Conseil
des Ministres fixe les conditions de création, dès
la promulgation de la présente loi des nouvelles exploitations
agricoles. Il détermine le modèle de déclaration
et de statut type de chaque catégorie d'exploitation agricole,
les modalités d'enregistrement et les pièces constitutives
du dossier. Ce décret fixe également le modèle
de cahier des charges
Article 22. Les conditions de dissolution,
de fusion, de modification statutaire de l'entreprise agricole
légalement constituée sont fixées par décret
pris en Conseil des Ministres.
Article 23. Les personnes exerçant
les professions de l'agriculture au sein des exploitations familiales
agricoles bénéficient de la protection sociale
au même titre que les travailleurs des autres secteurs
d'activités. L'Etat, en concertation avec la profession
agricole, dans un délai de deux ans à compter de
la promulgation de la présente loi, définit et
met en place un régime de protection sociale des travailleurs
des exploitations familiales. Ledit régime est soutenu
par l'Etat durant les cinq premières années de
son fonctionnement.
Chapitre II : Des Organisations Professionnelles
Agricoles
Article 24. Les exploitants agricoles peuvent
se regrouper au sein d'Organisations Professionnelles Agricoles
pour la défense des intérêts de leurs membres
auprès des pouvoirs publics et des tiers, et/ou pour fournir
des services à leurs membres et/ou pour mener des activités
économiques au profit de leurs membres.
Article 25. Les Organisations Professionnelles
Agricoles s'organisent librement et sont reconnues conformément
à la loi.
Article 26. Les Organisations Professionnelles Agricoles comprennent
notamment les groupements, les coopératives, les associations,
les unions, les fédérations, les confédérations,
les fondations, les syndicats, les organisations interprofessionnelles.
Article 27. Outre leurs fonctions statutaires,
les Organisations Professionnelles Agricoles participent à
l'élaboration, à la mise en uvre et à
l'évaluation des politiques et programmes d'intervention
dans leurs domaines de compétence. A ce titre, elles sont
impliquées dans les processus, notamment dans les cadres
de concertation, les commissions, les groupes de travail, aux
niveaux local, régional, national, sous-régional
et international, pour faire valoir les intérêts
de leurs membres.
Article 28. Les Organisations Professionnelles
Agricoles jouant un rôle indispensable dans la politique
de développement agricole, l'Etat et les collectivités
locales peuvent leur confier, par délégation, des
missions de service public. A ce titre, l'Etat et les collectivités
locales leur apportent un soutien technique ou/et financier en
vue du renforcement de leurs capacités et de l'exécution
des missions de service public déléguées.
L'Etat organise l'implication de la profession
agricole dans l'exercice de sa maîtrise d'ouvrage sur tous
les projets de développement agricole en désignant
dans leurs organes d'orientation et de pilotage les représentants
des professionnels concernés
Article 29. Les Organisations Professionnelles
Agricoles peuvent, librement, s'unir dans des cadres de concertation
au niveau national. Les cadres de concertation des OPA ont pour
vocation de faciliter le dialogue, la concertation entre les
OPA sur toutes les questions relatives à la promotion
et au développement de l'agriculture et des exploitations
familiales agricoles. Les cadres de concertation des OPA concourent
au renforcement des capacités des responsables d'OPA.
Les cadres de concertation assurent également
la représentation et la défense des points de vues
des OPA auprès des pouvoirs publics nationaux, des partenaires
et institutions sous-régionaux et internationaux.
A ce titre, les cadres de concertation peuvent
être reconnus d'utilité publique par l'Etat et bénéficier
des appuis prévus en la matière par la réglementation.
Chapitre III : Des Chambres d'Agriculture
Article 30. Les Chambres d'Agriculture sont
des établissements publics à caractère professionnel
dotés de la personnalité juridique et de l'autonomie
financière.
Article 31. Les Chambres d'agriculture sont
des Organes professionnels consultatifs auprès des pouvoirs
publics sur toutes les questions d'intérêt agricole.
A ce titre, elles donnent leurs avis à la demande des
pouvoirs publics ou formulent des suggestions de leur propre
initiative sur les questions agricoles ou relatives au monde
rural
Article 32. Les Chambres d'agriculture peuvent
exercer un rôle d'intervention en matière agricole
dans les domaines définis par les textes en vigueur.
Chapitre IV: Du Dispositif Institutionnel
de l'Etat
Article 33. L'Etat assure la fourniture d'un
service public agricole de qualité répondant à
la demande des usagers. A ce titre, il organise la déconcentration
des services techniques et de leurs moyens humains, matériels
et financiers, nécessaires à la mise en uvre
des politiques, coordonne et veille à la cohérence
des interventions publiques.
Article 34. Le dispositif institutionnel d'intervention
de l'Etat comprend des services techniques situés aux
niveaux central, régional et subrégional. Leur
organisation est fixée par décret pris en Conseil
des Ministres.
Chapitre V : Des Collectivités Territoriales
Article 35. Les collectivités territoriales
élaborent, mettent en uvre et évaluent, en
concertation avec la profession agricole, les schémas
et plans d'aménagement et de gestion de l'espace agricole
de leur ressort, et font la promotion des activités rurales
de production ainsi que les programmes de développement
agricole.
Article 36. Les modalités de transfert de compétences
et des ressources de l'Etat aux collectivités territoriales
sont fixées par décret pris en Conseil des Ministres
dans un délai d'un an à compter de la promulgation
de la présente loi.
Chapitre VI : Des Organisations de la Société
Civile et des Organisations Non Gouvernementales
Article 37. Les organisations de la société
civile d'intérêt agricole, les organisations non
gouvernementales à vocation agricole participent à
la conception et à la mise en uvre de la politique
de développement agricole.
Article 38. Les organisations non gouvernementales
uvrent dans le domaine agricole dans le respect strict
de l'accord-cadre qui les lie au Gouvernement.
L'accord-cadre est signé par le Ministère
chargé de l'Administration Territoriale, après
avis motivé du ou des Ministères en charge du ou
des secteurs concernés.
TITRE III : DES FACTEURS DE PRODUCTION
Chapitre I : De l'Enseignement et de la Formation
Professionnelle Agricole
Article 39. Le droit à la formation
initiale et continue est reconnu aux personnes exerçant
les professions de l'agriculture. Elles bénéficient
à ce titre d'une formation générale, technique
et professionnelle dans les métiers de l'agriculture,
de la foresterie, de l'élevage et de la pêche, qui
est dispensée par des institutions publiques ou privées
agréées. Cette formation est soutenue par l'Etat.
L'enseignement et la formation professionnelle
agricole relèvent du Ministère chargé de
l'Agriculture.
Article 40. L'Etat, en concertation avec les
organisations professionnelles agricoles et les organisations
de la société civile, définit et met en
uvre un programme de renforcement des capacités
des Organisations Professionnelles Agricoles, notamment dans
les domaines de la maîtrise d'uvre, de la gestion,
des politiques agricoles (préparation, formulation et
évaluation), des négociations commerciales internationales,
des questions d'intégration sous-régionale, etc
Une politique nationale d'enseignement et
de formation professionnelle agricole, axée sur la professionnalisation
des acteurs du secteur et la lutte contre l'analphabétisme,
est également définie et adoptée dans un
délai d'un an à compter de la promulgation de la
présente loi. Sur cette base, l'Etat, en concertation
avec les collectivités territoriales, les chambres d'agricultures
et les organisations professionnelles agricoles, met en place
un dispositif décentralisé de formation agricole
touchant le maximum d'acteurs agricoles et péri agricoles.
Article 41. L'Etat définit et met en
uvre des programmes de formation professionnelle et de
renforcement des capacités pour le personnel de l'Etat
et des collectivités locales dans les domaines de la formulation,
du suivi et de l'évaluation des politiques agricoles.
Chapitre II : Du Foncier Agricole
Article 42. La politique foncière vise
la lutte contre la spéculation en matière de transaction
et de tenure foncière et la détention coutumière
abusive des terres. Elle a pour objet la sécurisation
des exploitations et des exploitants agricoles, la promotion
des investissements publics et privés, l'accès
équitable aux ressources foncières et la gestion
durable et décentralisée desdites ressources. L'Etat,
en concertation avec les collectivités locales et les
Organisations Professionnelles Agricoles, élabore ladite
politique deux ans après la promulgation de la présente
loi.
Chapitre III : De l'Aménagement du
Territoire et de la Gestion des Ressources Naturelles
Article 43. La stratégie d'aménagement
du territoire privilégie la gestion durable des ressources
naturelles en conformité avec les engagements internationaux
et tient compte des réalités des différentes
zones agro-écologiques du pays dans le sens d'une responsabilisation
effective des collectivités territoriales, des exploitants
agricoles et de leurs organisations.
Article 44. L'Etat définit, en partenariat
avec les collectivités territoriales et avec la participation
des populations, la politique d'aménagement agricole,
et veille à sa mise en uvre.
A ce titre, il élabore les schémas
d'aménagement agricole d'intérêt national
et veille à leur mise en uvre.
Article 45. Dans un délai de deux ans
après l'adoption de la présente loi, l'Etat détermine
et assure le transfert des domaines d'intérêt agricole
aux collectivités territoriales ainsi que les ressources
afférentes.
Dans un délai de deux ans les textes
réglementaires consacrant le transfert effectif des compétences
en matière de gestion des ressources naturelles doivent
être élaborés et mis en application.
Article 46. Les collectivités territoriales
élaborent les schémas et programmes d'aménagement
de leur ressort territorial qui sont soumis à l'approbation
préalable de la tutelle après avis consultatif
du Comité Exécutif Régional prévu
à l'Article
.. Les schémas et programmes d'aménagement
doivent être intégrés dans le programme de
développement économique, social et culturel au
niveau local, communal et régional.
Ces schémas et programmes orientent
l'implantation de toute activité dans l'espace territorial.
Tout changement susceptible d'altérer l'organisation contenue
dans ces schémas doit faire l'objet d'une autorisation
préalable.
Les modalités d'application sont fixées
par voie réglementaire.
Article 47. Afin de préserver la mise
en cohérence des stratégies d'aménagement
du territoire au niveau communal, local et régional, les
différents schémas et programmes d'aménagement
agricole des collectivités territoriales sont approuvés
par l'Etat après avis consultatif du Comité Exécutif
Régional visé à l'Article
..
Article 48. Les exploitants agricoles et leurs
organisations professionnelles agricoles doivent mettre en uvre
des techniques de production qui préservent l'environnement.
L'Etat peut appuyer les collectivités
territoriales et les organisations professionnelles agricoles
pour la mise en uvre des programmes visant la préservation
de la diversité biologique.
Article 49. Les collectivités territoriales
peuvent prélever des redevances et taxes sur les aménagements
et les infrastructures pour leur pérennité.
Un décret pris en Conseil des Ministres
détermine l'assiette et les modalités de prélèvement
des redevances et taxes en tenant compte des spécificités
régionales et agro-écologiques.
Article 50. Les collectivités territoriales
seront encouragées à établir dans le cadre
de l'intercommunalité, des rapports de coopération
entre elles en vue de promouvoir un développement harmonieux
et avantageux de leurs ressources naturelles.
Chapitre IV : De la Recherche et du Conseil
Agricole
Article 51. La recherche agricole concourt
au développement et à la compétitivité
de l'agriculture et du secteur de la transformation des produits
agricoles.
Elle répond aux impératifs de
la gestion durable de l'espace rural, de la préservation
des ressources naturelles, de la sécurité sanitaire
des aliments et de la qualité des produits alimentaires.
Elle comprend la recherche fondamentale, la
recherche appliquée et la recherche-développement.
Article 52. La Recherche fondamentale est
assurée par l'Etat et est axée prioritairement
sur des thèmes stratégiques de développement
agricole. Elle est menée en Laboratoires et en stations
de recherche par des prestataires publics ou privés mandatés
à cet effet.
Article 53. La Recherche appliquée
est assurée par l'Etat en partenariat avec les organismes
personnalisés à vocation agricole et les exploitants
agricoles. Elle est orientée essentiellement vers la résolution
des problèmes identifiés lors de la mise en uvre
des activités agricoles.
La Recherche appliquée est menée
en laboratoires, en stations de recherche et en milieu réel.
Article 54. La Recherche-développement
est assurée par l'Etat et/ou les organismes personnalisés
à vocation agricole et les exploitants agricoles. Elle
est menée essentiellement en milieu réel et est
destinée à résoudre les problèmes
de développement immédiats des exploitations agricoles.
Article 55. La Recherche agricole est conduite
par les organismes, les établissements d'enseignement
supérieur, publics et privés, exerçant des
missions de recherche suivant les principes définis par
le système national de recherche agricole.
Concourent également à la recherche
agricole, les Services d'appui conseil, les Utilisateurs des
résultats de la recherche, les Exploitants agricoles,
les Centres techniques de recherche, les Entreprises de transformation,
les Exportateurs des produits agricoles et les Institutions sous
régionales et internationales de recherche.
Un décret pris en conseil des Ministres
détermine les modalités d'organisation et de fonctionnement
du système national de recherche agricole.
Article 56. Les organismes publics de recherche
agricole, notamment les instituts et les centres de recherche
et les Institutions de formation universitaire mènent,
pour le compte de l'Etat, les missions de recherche de souveraineté
et de solidarité nationales.
A ce titre, ils bénéficient
d'un statut adéquat pour mener à bien leur mission.
Article 57. Les résultats de la Recherche
sont accessibles aux utilisateurs. L'Etat met en place les organes
nécessaires à cet effet et en définit les
modalités de fonctionnement, par décret pris en
conseil des ministres dans un délai d'un an à compter
de la promulgation de la loi.
Article 58. La production de semences de pré
base et de base ainsi que le transfert de technologies, bénéficient
des mêmes conditions de financement que les autres activités
de recherche.
Article 59. Les ressources génétiques
disponibles ainsi que les obtentions variétales d'espèces
végétales et de races animales font partie intégrante
du patrimoine de la Nation.
Les ressources génétiques font
l'objet d'une protection intellectuelle conformément à
la réglementation nationale et aux accords internationaux,
et sur la base d'un catalogue national des variétés
végétales et animales.
Les modalités de mouvement et de commercialisation
des semences et reproducteurs animaux et végétaux
sont définies par des textes spécifiques.
Article 60. Les organismes publics de recherche
exercent auprès des pouvoirs publics une mission d'appui
conseil et d'expertise.
Ils contribuent, à ce titre, à
l'identification et à l'évaluation des risques
en matière de sécurité sanitaire et phytosanitaire
des produits agricoles et à la préservation des
milieux agricoles et des ressources naturelles.
Article 61. La politique nationale de conseil
agricole est définie, mise en uvre et évaluée
par l'Etat en partenariat avec les organisations professionnelles
agricoles, les Chambres d'agriculture et les prestataires privés.
Article 62. Il est créé un Système
National du Conseil Agricole, en abrégé SNCA, en
vue de la promotion des résultats de la recherche et des
innovations techniques auprès des utilisateurs.
Un décret pris en Conseil des Ministres
détermine l'organisation et les modalités de fonctionnement
du Système National du Conseil Agricole.
Article 63. Le conseil agricole comprend les
activités d'appui, de conseil, de vulgarisation, d'animation,
de sensibilisation, de communication, de formation, d'information
et d'intermédiation. Il concerne les activités
d'approvisionnement, de production, de stockage, de conservation,
de conditionnement, de transformation, de commercialisation,
d'accès au crédit.
Article 64. L'Etat garantit l'efficacité et la viabilité
des services de recherche et de conseil agricole en encourageant
le pluralisme dans la prestation de services, la concurrence
entre les différents prestataires publics et privés
et la participation des bénéficiaires à
la conception, à l'exécution, au suivi, à
l'évaluation et au financement des programmes de recherche
et de conseil agricoles.
Un décret pris en Conseil des Ministres
détermine les conditions d'agrément des prestataires
de services en matière de recherche et de Conseil Agricole.
Chapitre V : Du Financement des activités agricoles
Article 65. Le financement du développement
agricole est assuré par l'Etat, les collectivités
territoriales, les exploitants agricoles, le secteur privé
agricole et le secteur financier. Dans ce cadre, l'Etat, en partenariat
avec les organisations professionnelles agricoles, définit
et met en uvre une stratégie nationale de financement
et de soutien des activités agricoles, pastorales, halieutiques
et forestières. Cette stratégie favorise l'accès
des personnes exerçant les professions agricoles et leurs
organisations aux ressources financières nécessaires
à leurs activités. Elle peut comprendre des actions
particulières dans les zones agro-écologiques en
fonction de leurs spécificités.
Article 66. Il est créé un Fonds
National de Développement Agricole, en abrégé
FNDA. Le fonds est prioritairement destiné au financement
du renforcement des capacités et de l'appui institutionnel
aux organisations professionnelles agricoles, aux activités
de conseil agricole et aux activités de recherche-développement.
Le FNDA est alimenté par les ressources propres de l'Etat,
des collectivités territoriales et des organisations professionnelles
agricoles, des subventions, des dons et des legs.
Les conditions d'éligibilité
et les modalités de gestion du fonds sont fixées
par des textes spécifiques.
Article 67. L'Etat, dans le cadre de la modernisation
de l'agriculture familiale, définit et met en uvre,
en partenariat avec les organisations professionnelles, un fonds
de modernisation des exploitations agricoles familiales. Le Fonds
participe au financement des investissements, équipements
et matériels agricoles des exploitations familiales agricoles
et communautaires. Le Fonds participe également à
l'installation des jeunes ayant reçu une formation professionnelle
agricole.
Les conditions d'éligibilité
et de gestion du Fonds sont précisées par des textes
réglementaires.
Article 68. L'Etat en concertation avec les
organisations professionnelles agricoles, institue un fonds de
bonification et de garantie des crédits octroyés
aux personnes exerçant les professions de l'agriculture
par les institutions de financement.
Les conditions d'éligibilité
et de gestion du Fonds sont précisées par des textes
réglementaires.
Article 69. L'Etat, en partenariat avec les
organisations professionnelles agricoles et les collectivités
locales soutient le développement des mutuelles et caisses
d'épargne et de crédit afin que ces dernières
couvrent tout le territoire national et rendent disponible et
aisé l'accès des personnes exerçant les
professions de l'agriculture et des organisations professionnelles
agricoles au crédit de proximité.
Chapitre VI : Des Intrants, Equipements et
Infrastructures du monde rural
Article 70. L'Etat facilite l'approvisionnement
en intrants de qualité et à des coûts accessibles
des exploitants agricoles et de leurs organisations.
Article 71. Les activités d'importation,
de distribution et de vente d'intrants en gros sont dévolues
aux seuls professionnels de la filière, munis d'un agrément
délivré par les Ministres en charge de l'Agriculture
et du Commerce.
Le modèle et les conditions d'agrément
sont fixés par décret pris en Conseil des Ministres.
Article 72. Le contrôle des intrants
à l'importation et à l'exportation s'effectue au
cordon douanier conformément à la réglementation
en vigueur.
Article 73. Dans le cadre de la couverture
totale des besoins nationaux en semences améliorées,
l'Etat en partenariat avec les collectivités territoriales,
les chambres d'agriculture et les organisations professionnelles
agricoles définit la politique semencière, dans
un délai de deux ans.
Article 74. Dans le cadre de la valorisation
du patrimoine phytogénétique, l'Etat établit
un système multilatéral d'échanges et de
partage des ressources, de façon juste et équitable.
Article 75. La stratégie de mécanisation
agricole vise l'amélioration de la production et de la
productivité agricole à travers la facilitation
de l'accès du plus grand nombre d'exploitants agricoles,
notamment les jeunes et les femmes, à la traction animale,
la petite motorisation et la motorisation classique selon les
cas.
Article 76. Pour une bonne production, l'approvisionnement
des exploitants agricoles en équipements agricoles est
amélioré notamment à travers la promotion
des unités artisanales et industrielles de fabrication
nationale.
Les équipements agricoles industriels
produits localement ou importés sont expérimentés
et autorisés avant leur mise en exploitation conformément
à la réglementation.
Article 77. La politique de développement
des infrastructures à vocation agricole vise à
faciliter, sécuriser et valoriser les productions agricoles.
Article 78. La politique de développement
des infrastructures à vocation agricole est basée
sur les principes de :
" appropriation du processus d'identification, de mise en
place et de gestion des investissements par les bénéficiaires
;
" priorité à la maîtrise totale de l'eau
;
" gestion optimale et durable des aménagements ;
" intensification et diversification de la culture irriguée
;
" valorisation de la riziculture de bas-fonds ;
" promotion de l'irrigation individuelle.
L'Etat, en partenariat avec les Collectivités
Territoriales et la profession agricole, définit, dans
un délai de deux ans, la politique de développement
des infrastructures à vocation agricole.
Article 79. Les infrastructures à vocation
agricole sont classées dans les catégories suivantes
:
" les infrastructures de désenclavement ou de desserte,
" les infrastructures de conservation ou de transformation
des produits agricoles
" les infrastructures hydro agricoles
" les infrastructures de production ou de santé animale,
" marchés ruraux
Article 80. Le réseau d'infrastructures
lié à un aménagement est classé par
niveau. Les modalités d'entretien sont fixées par
Arrêté du Ministre Chargé de l'Agriculture.
Article 81. La réalisation des infrastructures
est soumise à des normes de qualité auxquelles
sont tenus de se soumettrent le maître d'ouvrage, le maître
d'uvre et l'entrepreneur.
Les dispositions relatives aux droits et obligations
de Maîtrise d'ouvrage et de Maîtrise d'uvre
font l'objet d'un décret pris en conseil des Ministres.
Article 82. Des inventaires périodiques
sont réalisés en vue de constituer un répertoire
régionalisé informatisé du potentiel des
ressources aménageables et des infrastructures existantes.
Chapitre VII : De la Maîtrise de l'Eau
Article 83. La maîtrise et la mobilisation
des ressources en eau de surface, des nappes d'eau renouvelables
et des nappes fossiles ainsi que leur exploitation optimale aux
fins de mener des activités agricoles sont des objectifs
majeurs de notre agriculture.
La maîtrise de l'eau a, entre autres,
pour but de contribuer à affranchir la production agricole
des aléas climatiques en rendant les ressources en eau
disponibles en quantité et qualité suffisantes
pour la satisfaction des besoins des productions agricoles.
Article 84. L'Etat, en partenariat avec les
Collectivités Territoriales et la profession agricole,
élabore, dans un délai d'un an, la politique nationale
de maîtrise de l'eau qui répond aux principes de
responsabilisation de tous les acteurs, d'appropriation du processus
d'identification, de mise en place et de gestion des investissements
par les bénéficiaires, de la maîtrise totale
de l'eau et de la gestion durable et optimale des aménagements.
Cette politique intègre l'appui à la modernisation
des systèmes d'exhaure et d'irrigation existants, l'intensification
et la diversification des productions agricoles irriguées
et la mise en valeur des bas-fonds.
Article 85. Dans le respect de la politique nationale de l'environnement,
toute valorisation des eaux, qu'elles soient de surface, renouvelables
ou fossiles, doit être conforme aux normes techniques d'irrigation
et environnementales en vigueur.
Article 86. La valorisation intensive du potentiel irrigable
impose d'investir prioritairement dans la maîtrise totale
de l'eau.
Article 87. Le développement du secteur irrigué
de l'agriculture est ouvert à la synergie d'actions centrée
sur l'intégration multi sectorielle et le développement
en commun des ressources avec d'autres pays de la sous-région.
Article 88. L'Etat, en rapport avec les collectivités
territoriales, les chambres d'agriculture et les OPA, élabore
des documents normatifs sur la conception et la gestion des périmètres
et des schémas d'aménagement des terroirs, des
bassins fluviaux et des aquifères en vue d'assurer une
gestion rationnelle et durable des ressources sols/eau.
Article 89. Compte tenu de la rareté de la ressource eau,
pour une bonne gestion de la ressource en eau et dans le respect
de la politique nationale de l'environnement, toute valorisation
des eaux, qu'elles soient de surface, renouvelables ou fossiles,
doit être conforme aux normes techniques d'irrigation et
environnementales en vigueur.
Tout projet d'aménagement hydro- agricole
sera obligatoirement soumis pour visas aux services compétents
du Génie Rural et de l'environnement avant sa mise en
uvre.
Article 90. Dans le cadre de la conception
et du suivi des aménagements, l'Etat et les collectivités
territoriales mènent une politique de renforcement des
compétences et de recrutement de personnel.
Article 91. Dans le cadre du développement
de l'irrigation la recherche sera développée sur
les techniques d'irrigation, de mécanisation et les techniques
culturales liées à ce sous secteur.
Article 92. L'Etat en rapport avec les Collectivités territoriales
et la profession agricole, élabore et met en uvre
une stratégie d'intégration de l'irrigation, de
l'élevage, de la pêche et des routes et pistes rurales
en vue de rentabiliser les lourds investissements effectués
dans le sous-secteur de la maîtrise de l'eau.
Chapitre VIII : Des Prestations Privées de Services Agricoles
Article 93. Les conditions d'installation
et les incitations qui lui sont liées en faveur des entreprises
privées de prestations de services agricoles en particulier
dans le cadre de la grande motorisation sont celles prévues
par le Code des Investissements.
Chapitre IX : De la qualité et de la
labellisation des produits agricoles
Article 94. La qualité des produits
agricoles et leur identification, la sécurité sanitaire
des produits agricoles et les modes de production respectueux
de l'environnement sont les fondements d'une politique de qualité.
Article 95. La qualité des produits
agricoles, leur origine, leur mode de production et leur condition
de sécurité sanitaire doivent respecter les normes
requises qui sont fixées par voie réglementaire.
Ces normes permettent d'identifier ou de déterminer
la traçabilité des produits
Article 96. Des organisations interprofessionnelles
spécifiques à un ou des produits sont reconnues
par l'Etat dans les mêmes conditions que pour :
" un produit d'appellation d'origine contrôlée
ou un groupe de produits d'appellation d'origine contrôlée
;
" des produits qui bénéficient d'une même
indication géographique protégée, d'un même
label ou d'une même certification de conformité.
Article 97. Des sections consacrées
aux produits issus de l'agriculture biologique peuvent également
être créées au sein des organisations interprofessionnelles
de portée générale.
Article 98. La démarche qualité
et la labellisation doivent être obligatoires pour l'ensemble
des produits alimentaires et agro-alimentaires mis sur le marché.
Article 99. L'Etat définit les modalités
de labellisation, les normes des produits et les mécanismes
d'information aux consommateurs en rapport avec les organisations
des exploitants et des consommateurs.
Les normes fixées, par voie réglementaire,
sont en conformité avec les normes sous régionales
et internationales.
Article 100. Le contrôle de qualité
est assuré par les services techniques de l'Etat avec
l'appui des laboratoires de référence.
L'Etat doit promouvoir les Laboratoires nationaux
en Laboratoires de référence et Laboratoires agrées.
TITRE IV : DES PRODUCTIONS ET DES MARCHES
Chapitre I : De la Souveraineté alimentaire
du pays
Article 101. La souveraineté alimentaire
du pays constitue la ligne directrice de toute la politique de
développement agricole.
La souveraineté alimentaire s'entend
par le droit souverain de la nation à produire sa propre
nourriture, à protéger et à développer,
par des mesures appropriées, les capacités et les
ressources nécessaires à la production, à
la disponibilité, à l'accessibilité en tout
temps et sur toute l'étendue du territoire national des
produits agricoles, animaux, halieutiques et forestiers transformés
ou bruts conformes aux valeurs et traditions des populations.
Article 102. La stratégie de développement
des productions agricoles est axée prioritairement sur
les mesures de spatialisation, d'intensification, de diversification
et de durabilité de la production selon les avantages
comparatifs, de compétitivité des produits, de
satisfaction des besoins nationaux en matière d'alimentation
et de matières premières, de régulation
des importations et de promotion des exportations.
Article 103. L'Etat, en collaboration avec
les collectivités territoriales définit et veille
à la mise en uvre de la politique de développement
des productions végétales, animales, halieutiques
et forestières dont l'objectif prioritaire vise la sécurité
et la souveraineté alimentaire à moyen terme.
Ladite politique définit les mesures
concourant à la disponibilité et l'accessibilité
des produits alimentaires diversifiés sur l'étendue
du territoire national. (Ceci est déjà largement
dit ailleurs)
Article 104. L'Etat, en collaboration avec
les collectivités territoriales, conformément à
leur mission de garantir à toutes les populations l'accès
à l'alimentation, met en uvre des mesures spécifiques
pour favoriser la disponibilité et l'accessibilité
des produits agricoles dans les zones structurellement déficitaires
et dans les zones à risques.
Article 105. L'Etat peut accorder des subventions
spécifiques aux collectivités territoriales dans
le cadre de contrats programmes visant la sécurité
alimentaire, la réduction de la pauvreté rurale
et la protection de l'environnement.
Chapitre II : Des productions Végétales
Article 106. La politique de développement
des productions végétales a pour objet d'accroître
la production et la productivité par la modernisation
des exploitations agricoles en fonction des systèmes de
production et des potentialités agro-écologiques
des différentes zones.
Cette politique est axée sur l'intensification,
la diversification, la maîtrise de l'eau, la gestion durable
de la fertilité des sols et l'approvisionnement du marché.
Article 107. l'Etat et les collectivités
territoriales, en partenariat avec les chambres d'agriculture
et les organisations professionnelles agricoles, précisent
dans les schémas d'aménagement, les espaces de
productions agricoles les plus conformes aux possibilités
agro-écologiques. Ces schémas intègrent
les objectifs de production, les techniques et les moyens permettant
d'atteindre les objectifs ainsi que les priorités des
investissements à réaliser.
Article 108. L'Etat, et les collectivités
territoriales et en concertation avec la profession agricole,
définit la politique semencière et bio-sécuritaire
en vue d'assurer une couverture totale des besoins nationaux
en semences et pour préserver les droits des communautés
sur le patrimoine génétique. Cette politique est
définie deux ans après la promulgation de la présente
loi.
Article 109. L'Etat, et les collectivités
territoriales en concertation avec la profession agricole, définissent
la politique de protection des végétaux. La politique
sera axée sur la coordination de la surveillance des végétaux
et des cultures pour la prévention des attaques de leurs
ennemis. Elle détermine les mesures destinées à
sécuriser les échanges internationaux de produits
végétaux.
Chapitre III : Des Productions animales
Article 110. La politique de développement
de l'élevage favorise la promotion des productions animales
dans l'ensemble des systèmes de production agricole.
L'Etat, les collectivités territoriales
et la profession agricole, assurent la promotion de l'élevage
pastoral par l'aménagement des parcours naturels, la lutte
contre les maladies, la réalisation de points d'eau, de
périmètres pastoraux et d'infrastructures d'élevage,
et oeuvrent à l'intensification de la production animale
par différentes formes d'intégration agriculture-élevage
et d'amélioration des paramètres zootechniques.
Article 111. l'Etat et les collectivités
territoriales, en partenariat avec les chambres d'agriculture
et les organisations professionnelles agricoles, précisent
dans les schémas d'aménagement, les espaces de
productions animales les plus conformes aux possibilités
agro-écologiques. Ces schémas intègrent
les objectifs de production, les techniques et les moyens permettant
d'atteindre les objectifs ainsi que les priorités des
investissements à réaliser.
Article 112. L'Etat et les collectivités,
en concertation avec les OPA, consentent à établir
un système transfrontalier de transhumance et de partage
des ressources pastorales, juste et équitable, sur la
base des conventions avec les pays tiers.
Article 113. Les races locales sont préservées
et améliorées dans tous les systèmes d'élevage.
L'Etat, et les Collectivités territoriales
en partenariat avec la profession agricole, élabore et
met en uvre les programmes de conservation des races locales
menacées d'extinction.
La profession agricole élabore le Catalogue
National des races animales et tient des livres généalogiques.
Article 114. L'Etat encourage et renforce la libéralisation
de la profession vétérinaire pour assurer une couverture
sanitaire optimale du cheptel et préserver la compétitivité
des produits de l'élevage.
A ce titre, l'Etat incite à l'installation
des vétérinaires et unités vétérinaires
privées sur l'étendue du territoire par des mesures
stimulantes en faveur des zones pastorales aux avantages comparatifs
limités.
Article 115. Dans le cadre de la valorisation
du patrimoine zoogénétique, l'Etat établit
un système multilatéral d'échanges et de
partage des ressources, de façon juste et équitable.
Article 116. L'Etat et les collectivités
territoriales en concertation avec la profession agricole, définissent
la politique de protection des animaux. La politique sera axée
sur la sécurité du cheptel et la coordination de
la surveillance des épizooties. Elle détermine
les mesures destinées à sécuriser les échanges
internationaux d'animaux et de produits animaux.
Chapitre IV : Des Productions Halieutiques
Article 117. La politique de développement
des productions halieutiques vise à augmenter la disponibilité
de la ressource halieutique, la sécurisation des exploitants
agricoles, la diversification et la préservation de la
ressource halieutique. L'Etat et les collectivités locales,
en concertation avec les OPA, définissent ladite politique
ans après la promulgation de la présente
loi.
Article 118. L'Etat, à travers des
programmes de recherche, procède à des évaluations
périodiques des ressources halieutiques en valorisant
les connaissances empiriques des exploitants agricoles dans le
sous secteur pêche.
Article 119. La gestion des ressources et
des aménagements halieutiques fait l'objet d'une législation
et d'une réglementation spécifique qui concerneront
aussi bien les activités de pêche que toutes celles
susceptibles de porter atteinte à leur survie.
Article 120. La gestion des plans d'eau de
pêcherie fait l'objet de conventions locales entre l'Etat,
les collectivités territoriales et les bénéficiaires.
L'Etat de concert avec les collectivités
territoriales élabore des stratégies de gestion
des productions halieutiques valorisant les conventions locales
sur tous les plans d'eau.
Article 121. L'Etat, les collectivités
territoriales et les pêcheurs et leurs organisations doivent
lutter contre les pollutions et agressions de toutes sortes sur
les eaux et mettre en uvre des mesures appropriées
de restauration des biotopes dégradés.
Chapitre V : Des ressources forestières
et fauniques
Article 122. Les forêts et la faune
constituent des richesses naturelles et sont à ce titre
partie intégrante du patrimoine national. Le respect des
éléments du patrimoine national et de sa conservation
est un devoir pour tout citoyen. La législation forestière
et faunique fixe les droits et les devoirs de chaque acteur.
Article 123. L'Etat est le garant principal
de la préservation des ressources forestières et
fauniques.
Il exerce cette responsabilité à
travers les services techniques, en charge des forêts et
de la faune, en concertation avec les collectivités territoriales,
et l'ensemble des acteurs concernés par l'utilisation,
l'exploitation et la gestion de ces ressources.
Article 124. Une nouvelle politique forestière,
fondée sur la promotion des principes de gestion participative
et durable des forêts et de la faune, leur valorisation
pour le développement économique et l'amélioration
du cadre de vie, est élaborée dans un délai
de deux ans à compter de la promulgation de la présente
loi.
Article 125. La gestion des domaines forestiers
et fauniques de l'Etat est assurée par les services forestiers
de l'Etat.
Toutefois, cette gestion peut être confiée
à des tiers dans des conditions prévues par la
loi et tenant compte, dans la mesure du possible, des avantages
au profit des populations riveraines.
Article 126. L'Etat procédera au transfert
effectif des compétences et des ressources afférentes,
en matière de gestion des ressources forestières
et fauniques, aux collectivités territoriales dans un
délai de deux ans à compter de la promulgation
de la présente loi.
Chapitre VI : De la Valorisation des Productions
agricoles
Article 127. L'Etat, en concertation avec
les collectivités territoriales et les organisations professionnelles
agricoles définit une politique de promotion et de valorisation,
au niveau national, des produits agricoles en vue de créer
de la valeur ajoutée et à garantir une rémunération
équitable des exploitants agricoles. ,
L'Etat, en concertation avec les organisations
professionnelles agricoles et les opérateurs du secteur
privé, élabore, dans un délai de deux ans
après la promulgation de la présente loi, la dite
politique.
Article 128. L'Etat favorise la recherche
de débouchés pour les produits agricoles nationaux
transformés.
Article 129. L'Etat, en concertation avec
les organisations professionnelles agricole, les collectivités
territoriales et les transformateurs des produits agricoles,
intègre au Système National d'Information sur les
Filières Agricoles des informations sur les opportunités
de valorisation des produits agricoles nationaux, les équipement
et les innovations disponibles.
Article 130. La stratégie de diversification
des produits consistera, à l'amont, à avoir au
niveau de la recherche, en permanence, des variétés
et espèces susceptibles d'ouvrir de nouveaux marchés
ou des productions existantes à petite échelle
mais pouvant être lancées à une échelle
significative
Chapitre VII : Des Marchés
Article 131. Afin de garantir la souveraineté
alimentaire, la rémunération équitable des
exploitants agricoles et de faire jouer au secteur agricole un
rôle d'entraînement pour la croissance économique
nationale, l'Etat, à chaque fois que de besoin et en concertation
avec les organisations professionnelles agricoles et les autres
acteurs du secteur privé, prend des mesures appropriées
pour protéger les marchés nationaux de produits
agricoles.
Article 132. L'Etat, les collectivités
locales en concertation avec les OPA élabore, deux ans
après la promulgation de la présente loi, les textes
réglementant le fonctionnement des marchés.
Article 133. L'Etat, en concertation avec
les collectivités locales, dotent les marchés des
infrastructures aptes à garantir la sécurité
sanitaire des produits agricoles, à faciliter leur stockage
et leur vente.
Chapitre VIII: De l'Organisation des Filières
Agricoles
Article 134. L'Etat, en collaboration avec
les acteurs concernés, met en uvre, une politique
de promotion des filières agricoles visant à diversifier
l'offre de production agricole, à augmenter et à
sécuriser les revenus des exploitants agricoles.
Article 135. Les organisations professionnelles
représentant les segments de la production, de la transformation
et de la commercialisation d'une filière agricole peuvent
se regrouper à leur initiative au sein d'interprofessions
qui visent à :
" définir et favoriser des démarches contractuelles
entre ses membres ;
" connaître l'offre et la demande par la collecte,
le traitement et la diffusion de l'information sur le ou les
produits de la filière ;
" promouvoir, au niveau des marchés intérieur
et extérieur, le ou les produits de la filière
;
" renforcer les capacités des membres de l'interprofession
pour garantir la qualité du ou des produits ;
Article 136. L'organisation interprofessionnelle
est reconnue par l'autorité administrative compétente.
Article 137. Lorsqu'une organisation interprofessionnelle
nationale est reconnue, les organisations interprofessionnelles
régionales constituent des comités de cette organisation
interprofessionnelle nationale et sont représentées
en son sein.
Article 138. Une organisation interprofessionnelle
spécifique à compétence nationale peut,
par ailleurs, être reconnue pour les produits issus de
l'agriculture biologique
Chapitre IX : De la Gestion des Risques Majeurs
et des Calamités Agricoles
Article 139. L'Etat et les Collectivités
territoriales assurent la prévention et la gestion des
risques majeurs et des calamités agricoles. A ce titre,
ils mettent en place un système de surveillance et de
prévention qui intègre tous les acteurs.
Article 140. L'Etat et les Collectivités
territoriales définissent une stratégie d'intervention
et de lutte en cas de risque ou de calamité avérés,
intégrant un dispositif opérationnel qui est activé
chaque fois que nécessaire.
Article 141. Le système de surveillance
et de prévention, ainsi que le dispositif opérationnel
sont définis, dans un délai d'un an, par décret
pris en conseil des ministres, précisant les catégories
de risques majeurs et de calamités agricoles.
Article 142. Il est créé un
Fonds National des Risques et des Calamités Agricoles
en abrégé FNRCA, essentiellement alimenté
sur fonds public, en vue de minimiser l'impact des risques majeurs
et des calamités sur le développement agricole
et les conditions de vie des populations rurales.
Un décret pris en Conseil des Ministres
définit les modalités de fonctionnement du Fonds
National des Risques et des Calamités Agricoles.
Article 143. En cas de crise alimentaire,
l'Etat met en place des dispositifs spécifiques d'intervention
dont les modalités sont définies par décret
pris en conseil des ministres.
Article 144. L'Etat favorise la mise place,
dans un délai de deux ans, d'un régime d'assurance
agricole.
Chapitre X Promotion de l'équité
sociale
Article 145. Afin de corriger les déséquilibres
entre la ville et la campagne, notamment en matière de
santé, d'éducation, de formation et de loisir,
l'Etat s'emploie à améliorer le cadre et les conditions
de vie en milieu rural et en zone péri-urbaine et à
y renforcer l'accès aux services sociaux de base.
Article 146. L'Etat, conjointement avec les
collectivités locales, définit et met en uvre
une politique de promotion de la qualité de la vie et
de développement des initiatives économiques locales
en milieu rural, notamment la création de micro entreprises
rurales dans l'agro-alimentaire, l'artisanat et les services.
Article 147. L'Etat assure la parité
des droits des femmes et des hommes en milieu rural, en particulier
dans l'exploitation agricole. En outre, des facilités
d'accès au foncier et au crédit sont accordées
aux femmes.
Article 148. Article 148 : L'insertion des
jeunes dans toutes les activités liées aux métiers
de l'agriculture constitue une priorité pour l'Etat et
les collectivités locales. Des facilités leur sont
accordées pour l'accès au foncier et au crédit.
TITRE V : DES MECANISMES DE SUIVI ET D'EVALUATION
DE LA
LOI D'ORIENTATION AGRICOLE
Chapitre I : Du Dispositif d'Orientation,
de Coordination et de
Suivi de la Loi d'Orientation Agricole
Article 149. Il est créé un
Conseil Supérieur de l'Agriculture, doté d'un comité
exécutif national et de comités exécutifs
régionaux.
Article 150. Le Conseil Supérieur de
l'Agriculture a pour mission de servir d'organe national de concertation
pour toutes les politiques de développement agricole et
péri agricole d'intérêt national, et, notamment,
de veiller à l'application de la loi d'orientation agricole
A ce titre, il est, notamment chargé
de :
" participer à la définition et à la
coordination de la politique de développement agricole
;
" émettre des avis et formuler des propositions sur
les grandes orientations de la politique de développement
agricole ;
" faire le plaidoyer en vue de la mobilisation des ressources
et de la pleine adhésion des populations aux objectifs
de la politique de développement agricole ;
" délibérer sur toutes les questions d'intérêt
agricole qui lui sont soumises par les acteurs institutionnels
agricoles.
Article 151. Le Conseil Supérieur de
l'Agriculture est présidé par le Président
de la République.
Il est composé de représentants
du secteur public, des collectivités territoriales, de
la profession agricole, du secteur privé et de la société
civile, participant à l'élaboration et à
la mise en uvre des politiques agricoles et péri
agricoles.
Un décret du Président de la
République fixe l'organisation et les modalités
de fonctionnement ainsi que le détail de la composition
du Conseil Supérieur de l'Agriculture.
Article 152. Le Comité Exécutif
National de l'Agriculture a pour mission le suivi de la mise
en uvre des décisions et recommandations du Conseil
Supérieur de l'Agriculture.
Il assure le secrétariat du Conseil
Supérieur de l'Agriculture.
Il est plus particulièrement chargé
de :
" coordonner l'élaboration des instruments de mise
en uvre de la loi d'orientation agricole en rapport avec
les départements ministériels concernés
par la politique de développement agricole ;
" élaborer le rapport annuel sur les mesures prises
pour l'exécution de la loi d'orientation et sur les modalités
de sa mise en uvre ;
" assurer l'information de tous les acteurs sur l'application
de la loi d'orientation agricole ;
Il transmet, au Président du Conseil
Supérieur de l'Agriculture, avant le 31 mars de chaque
année, le rapport annuel sur les mesures prises pour l'exécution
de la loi d'orientation et sur les modalités de sa mise
en uvre.
Une copie dudit rapport est également
transmise au Premier Ministre, au Président de l'Assemblée
Nationale, au Président du Haut Conseil des Collectivités
Territoriales, et au Président du Conseil Economique,
Social et Culturel.
Article 153. Le Comité Exécutif
National de l'Agriculture est présidé par le ministre
chargé de l'agriculture.
L'organisation et les modalités de
fonctionnement du Comité Exécutif National sont
fixées par décret du premier ministre.
Article 154. Le Comité Exécutif
Régional est chargé du suivi de la mise en uvre
de la loi d'orientation agricole au niveau régional, donne
des avis et formule des propositions sur les questions de développement
agricole d'intérêt régional ou national.
Il élabore le rapport annuel de la
mise en uvre de la loi d'orientation agricole au niveau
régional et transmet une copie au Président du
Comité Exécutif National.
Article 155. Le Comité Exécutif
Régional est présidé par le gouverneur de
région ou du district. Son secrétariat est assuré
par le directeur régional chargé de l'agriculture.
L'organisation et les modalités de
fonctionnement du Comité exécutif régional
sont fixées par arrêté du Ministre chargé
de l'Agriculture.
Chapitre II : Des espaces de concertation
et de dialogue
Article 156. Il est institué, la Journée
du Paysan qui se tient annuellement sous l'égide du Président
de la République. La Journée du Paysan rassemble
tous les acteurs du développement agricole dont notamment
les organisations professionnelles agricoles, le secteur privé
agricole, les organisations de la société civile.
Le thème de la Journée du Paysan
est arrêté par le Président de la République
après concertation avec les Organisations Professionnelles
Agricoles.
La Journée du Paysan est organisée
par les OPA avec le soutien technique et financier des ministères
en charge du développement rural.
Elle est précédée des
concertations régionales agricoles préparatoires
organisées sous l'égide du Gouverneur.
Article 157. D'autres espaces de dialogue
et de concertation peuvent être institués sur des
thèmes spécifiques et définis par voie réglementaire.
Chapitre III : De la Planification du Développement
Agricole
Article 158. La planification du développement
de l'agriculture se fait au moyen de :
" lois de programmation des investissements à moyen
terme et des dépenses publiques dans le secteur agricole
conformément à la loi de finances ;
" schémas directeurs de développement à
moyen et long termes ;
" programmes annuels d'activités sectoriels ;
" programmes agricoles des plans de développement
économique, social et culturel des collectivités
territoriales ;
" schémas directeurs d'aménagement des espaces
agricoles.
Article 159. L'Etat, dans le cadre de la Loi
de Finances et des Lois de programmation des dépenses
et investissements publics consent des ressources budgétaires
conséquentes à hauteur des objectifs et ambitions
de la présente loi.
Article 160. L'évaluation de la politique
de développement agricole se fait périodiquement
par les structures compétentes.
Les résultats de l'évaluation
sont communiqués au Conseil Supérieur de l'Agriculture.
TITRE VI : DES DISPOSITIONS FINALES
Article 161. Les modalités d'application
de la présente loi sont fixées par voie réglementaire.
En outre, des textes législatifs complémentaires
de la présente loi sont pris chaque fois que de besoin.
Article 162. Après la promulgation
de la présente loi et compte tenu de ses principes et
orientations, les lois régissant l'agriculture et les
matières connexes, notamment l'eau, l'élevage,
la pêche, l'environnement, les forêts, le foncier
rural, la protection des végétaux, la santé
animale, les semences, les sols, le règlement des conflits
seront réexaminées et au besoin amendées.
Article 163. Toutes dispositions légales
antérieures contraires à la présente loi
sont abrogées.
Jusqu'à leur modification ou leur abrogation,
les règlements pris en application desdites dispositions
légales demeurent en vigueur s'ils ne sont pas contraires
à la présente loi.
Article 164. La présente loi abroge
toutes dispositions antérieures contraires.
Fait et délibéré à
.. le
.
6 Liste des annexes
" Rapports des concertations locales,
régionales et thématiques
" Rapport de la synthèse nationale paysanne
" Banque des propositions paysannes par thème de
LOA
" Guides d'animation des concertations locales et régionales
Toutes les informations sont disponibles sur
le site internet des Concertations paysannes sur la Loi d'Orientation
Agricole du Mali, réalisé par Axe Formation en
partenariat avec la Coordination nationale des organisations
paysannes CNOP. |